L’affaire des 3 tonnes et 135 kilogrammes d’or destinés à la société belge Affinor continue de retenir l’attention de la justice guinéenne. Poursuivi pour détournement présumé dans ce dossier lié à la gestion des réserves aurifères de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), l’ancien gouverneur, Dr Lounceny Nabé, a fermement contesté les accusations portées contre lui devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
À l’occasion de son passage à la barre, l’ancien responsable de la Banque centrale a livré sa version des faits. Il affirme que les 3 tonnes et 135 kilogrammes d’or au centre de la procédure n’ont jamais disparu et qu’ils seraient toujours détenus par la société Affinor, établie en Belgique.
Le dossier remonte à 2015, année de la signature d’un contrat entre la BCRG et cette société spécialisée dans l’affinage et la gestion de l’or. L’accord portait notamment sur le traitement d’une partie des réserves aurifères de la Guinée. Mais, plusieurs années après, l’opération est devenue l’objet d’une procédure judiciaire portant sur la disparition présumée de cette importante quantité de métal précieux, dont la valeur est estimée à environ 200 millions de dollars.
Devant les magistrats, Dr Lounceny Nabé a rejeté toute implication dans un quelconque détournement, affirmant n’entretenir aucun intérêt personnel dans les relations contractuelles entre la Banque centrale et Affinor.
« Je ne reconnais pas les faits. C’est Affinor qui détient les trois tonnes d’or. Je n’ai aucun lien personnel avec eux. Cela me blesse que les gens pensent que j’ai détourné trois tonnes d’or. D’ailleurs, il y a eu une bataille de procédure dans cette affaire entre la Guinée et Affinor, et la Guinée l’a remportée. Par conséquent, je pense qu’on ne peut plus parler de détournement », a-t-il déclaré à la barre.
L’ancien gouverneur s’appuie notamment sur l’issue d’un contentieux opposant la Guinée à la société belge pour contester les accusations retenues contre lui. Une position qui devra toutefois être confrontée aux autres éléments du dossier au cours de la procédure.
Karamo Kaba, Yéro Baldé et deux autres personnalités appelés à témoigner
Pour approfondir les investigations et mieux comprendre les circonstances entourant cette opération, le parquet spécial, représenté par le procureur Biwon Millimono, a demandé l’audition de plusieurs personnalités ayant eu un rôle ou des responsabilités dans la gestion de ce dossier.
Parmi les personnes concernées figurent Mamady Condé, représentant de la société Affinor en Guinée, Abdoulaye Yéro Baldé, ancien vice-gouverneur de la BCRG, et Karamo Kaba, actuel gouverneur de la Banque centrale.
La défense de Dr Lounceny Nabé a, pour sa part, souhaité faire entendre Daouda Diané, directeur juridique de la BCRG, présenté comme ayant participé à l’élaboration du contrat conclu avec la société belge.
Après examen des demandes formulées par les différentes parties, la cour a ordonné la comparution de ces quatre personnalités en qualité de témoins. Leurs dépositions pourraient permettre de mieux cerner les conditions de conclusion et d’exécution du contrat de 2015, ainsi que les responsabilités des différents acteurs dans cette opération.
L’affaire a été renvoyée au 23 novembre 2026, date retenue pour la poursuite des débats et les auditions annoncées.
Au-delà des responsabilités individuelles de l’ancien gouverneur, cette procédure soulève des interrogations importantes sur la gestion des réserves d’or de la Guinée, les engagements pris avec des partenaires étrangers et les mécanismes de contrôle mis en place au sein de la Banque centrale. Les prochains témoignages seront donc particulièrement attendus dans ce dossier à forts enjeux économiques et institutionnels.
Daouda Yansané