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Dépréciation du franc guinéen : la fin d’un cycle d’embellie ?

Le franc guinéen se déprécie face aux devises étrangères, notamment le dollar et l’euro. Il glisse de façon exponentielle. Disons dangereusement, car son incidence sur l’inflation est trop grande.

Depuis bientôt trois jours, les 100 dollars ont atteint la barre du million de francs guinéens. Des économistes avec lesquels nous avons échangé à ce propos invoquent des raisons diverses, mais tous conviennent que c’est un mauvais signe pour la santé économique du pays, auquel il faut remédier très rapidement.

Certains invoquent une situation conjoncturelle liée à la décision du gouvernement d’interdire la vente de l’or à l’étranger par les comptoirs privés, en raison de la construction d’une raffinerie d’or, pour l’heure non opérationnelle.

« Si on ne vend pas d’or, on n’aura pas de devises. Et nous savons que le gouvernement a interdit cela sous prétexte qu’il faut passer par la raffinerie, qui n’est pas encore opérationnelle », argumente un banquier. Cela se confirme par les propos  d’un haut responsable de la BCRG  qui affirment qu’il  y a une accumulation record d’or à la banque centrale. On peut alors espérer que la fin de cette dépréciation ne tienne qu’à une décision politique : permettre la vente d’or pour rapatrier les devises, en attendant que la raffinerie soit opérationnelle.

D’autres économistes invoquent plutôt l’augmentation anormale de la masse monétaire, dont la conséquence se ressent sur la valeur de la monnaie ainsi que sur l’inflation, en hausse.

On se souvient de l’annonce, par les autorités de la banque centrale, de l’émission d’un nombre anormalement élevé de billets dans le but de juguler la crise de liquidité, mais en vain. Cela sous-entend que la masse monétaire a bel et bien augmenté.

« Quand il y a trop de francs guinéens en circulation, cela va sans dire qu’il y aura une grosse pression sur la monnaie, car tout le monde va vouloir échanger son franc guinéen, devenu instable, contre le dollar. La demande sera alors plus grande », renchérit un  l’économiste.

D’autres vont plus loin pour parler  de dépenses de fonctionnement, qui sont privilégiés dans l’exécution du budget.

« Pendant très longtemps, on a fonctionné avec le douzième provisoire. Et c’est récemment que le président a pris une ordonnance, comme prévu par la loi, pour ordonner son exécution. Ce qui veut dire qu’il n’y avait pas de dépenses d’investissement : seul le fonctionnement était payé. Le taux d’exécution du budget à ce jour, trop faible, en dit long sur cette situation. Cela prouve qu’il n’y a pas eu de création de richesse », explique-t-il.

Par ailleurs ,  il  emet des doutes quant à la pertinence de l’emprunt obligataire récemment annoncé par les autorités , mais reconnaissent toutefois qu’il constitue dans tous les pays ,  une forme de financement de l’économie,  s’il est convenablement utilisé. Et trouve lien avec la dépréciation de la minaie qu’on connaît en ce moment.

« L’émission de plus de 2 500 milliards de bons du Trésor par la banque centrale ne contribue pas non plus à la sérénité », a fait remarquer un autre économiste.

« Je crains que cet emprunt ne vienne aggraver la situation. S’il ne sert pas à financer les dépenses d’investissement, mais seulement à payer les dettes et assurer le fonctionnement, cela va poser un sérieux problème. D’ailleurs, j’apprends que les banques sont réticentes à y souscrire », révèle-t-il.

En attendant, au sommet, on se veut rassurant : il n’y a pas péril en la demeure.

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