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Les échos du grand oral du ministre Aboubacar Camara

Emergence – Il en avait gros sur le cœur. On a compris que sa besace était bien remplie. Le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a trouvé un format presque inédit pour vider son sac. Conférence de presse ou forum, peu importe. Aboubacar Camara a évoqué tous les sujets liés aux missions de son département.

L’opinion publique l’attendait notamment sur les questions de préoccupation nationale que sont l’assainissement et l’eau. Les annonces faites concernant la gestion de ces secteurs continuent d’ailleurs de susciter des débats.

À propos de l’assainissement, l’annonce du recrutement de 5 000 agents chargés de moraliser le comportement des citoyens qui salissent les artères publiques a été accueillie avec un certain scepticisme. Si l’initiative a été saluée, beaucoup y ont toutefois mis un bémol en évoquant les difficultés liées à la collecte et à la pré-collecte des déchets. Interdire aux citoyens de jeter les ordures suppose en effet qu’il existe, dans tous les quartiers, des PME capables de ramasser régulièrement les déchets des ménages, lesquels seraient alors tenus de s’abonner à leurs services, sous peine de s’exposer à la vigilance des futurs agents chargés de la salubrité. Le ministre en est conscient et en a fait une priorité, comme on peut le comprendre à travers son grand oral.

L’autre sujet tout aussi préoccupant est celui de l’eau. Dans ce domaine, l’État semble absent. Totalement. Des projets sont annoncés comme étant finalisés. Les mêmes, pourrait-on dire, depuis très longtemps. Ils sont régulièrement remis sur la table, avec l’espoir que celui qui a contribué à leur structuration lorsqu’il dirigeait la SEG, aujourd’hui ministre, saura transformer ces annonces en réalités. Peu en doutent. Ses collaborateurs en sont convaincus et mettent en avant son engagement ainsi que sa méthode de travail, des qualités qui contrastent avec sa réputation d’homme « pressé » dans une administration souvent réputée pour sa lenteur.

Il va même si vite qu’il annonce déjà que les propriétaires de forages devront s’acquitter de redevances pour l’exploitation excessive de la nappe phréatique, considérée comme un patrimoine commun. Une mesure qui pourrait paraître normale si l’État, chargé d’assurer le service public, avait déjà rendu l’eau accessible à tous les foyers. À défaut, elle risque de mal passer. Certains estiment même qu’elle pourrait être sabotée de l’intérieur, tant il est admis que la prolifération des forages contribue à contenir les frustrations des populations, lesquelles, sans cette alternative, manifesteraient probablement pour réclamer de l’eau, comme elles le font souvent pour l’électricité.

Une chose est certaine : davantage de pédagogie sera nécessaire pour amener les citoyens à comprendre ces réformes, sans pour autant garantir leur adhésion.

La Rédaction