L’économie de la Guinée connait un tournant important qui va significativement modifier le cadre légal et macroéconomique des affaires. Le démarrage du Projet et du Programme Simandou appelle une nouvelle approche et un nouveau mode de gouvernance qui fait appel à la mise en route de la volonté et de la capacité des gouvernant à prévoir ce qui va venir dans les 15 à 20 prochaines années.
Une des conséquences de l’augmentation de la taille de l’économie guinéenne qui compte passer de 22 milliards de USD à prés de 50 milliards de USD dans un délai de moins de 10 ans est l’accroissement du niveau des consommations des Ménages, des Administrations et des Entreprises.
L’augmentation du niveau de consommation générale entraine, toute chose égale par ailleurs, une augmentation considérable du niveau des déchets issus du circuit et du cycle d’utilisation des biens et des services à l’intérieur du territoire national. Pour faire face à cette nouvelle exigence, les gouvernants doivent rapidement mettre en place un nouveau dispositif de gestion des déchets produits par les Ménages, les Administrations et les Entreprises. Il s’agit du début de l’économie circulaire en Guinée. Les déchets peuvent et doivent produire de la valeur.
Il existe une typologie abondante sur la classification des déchets. On peut citer les déchets liquides, les déchets solides et enfin les déchets gazeux. Ici, nous parlerons des déchets solides et plus particulièrement des déchets issus des produits dangereux tels que les articles chimiques, électriques, électroniques qui arrivent massivement sur toute l’étendue du territoire national. Il est aisé de constater dans le marché et sur les artères principales de la ville l’arrivée et l’utilisation des équipements électriques et l’accroissement du parc automobile en guinée qui enregistre en moyenne l’importation de plus de 700 000 véhicules par an. Le secteur minier utilise plus de 10 000 camions qui participent dans l’exploitation des minerais notamment de la bauxite sur le tout le littoral ouest.
Tous les déchets issus de ces produits sont inégalement jetés ou disséminés à travers tout le pays et surtout dans les zones minières. Une bonne autre partie est simplement jetée à la mer à travers les caniveaux. Une partie des espèces poissonneuses (qui finit dans nos assiettes) se nourrissent de ces déchets que nous jetons tous à la mer.
Heureusement et la bonne nouvelle est que la Guinée peut tirer profit de l’abondance de ces déchets qui sont jetés dans la nature. La Guinée pourrait profiter de cette nouvelle donne économique en mettant en place une nouvelle approche qui pourrait commencer par la mise en place d’un réseau d’identification, de collecte et de recyclage des déchets des produits issus des produits dangereux. Par exemple, les fers inclus dans les pneus pourraient être réutilisés et les pneus quant à eux pourraient être recyclés en pavé pour les routes secondaires tel que pratiqué au Nigéria et au Kenya.
Cette nouvelle approche appelle une nouvelle réglementation, une nouvelle manière de faire dans les affaires publiques et privées. La nouvelle donne est un réservoir d’emplois verts qui permettra de baisser la courbe du chômage et de l’immigration irrégulière des jeunes du pays.
Le recyclage des déchets permet également de réduire les impacts des gaz à effet de serre et permettrait à la Guinée d’attirer des capitaux verts et de respecter ses engagements internationaux dans l’utilisation et la mobilité des produits dangereux. Les conventions de Bâle et de Bamako en font largement foi en la matière.
Enfin, la Guinée pourrait introduire de manière progressive l’Ecoredevance. Il s’agit d’une fiscalité verte respectueuse de l’environnement. Cette nouvelle redevance permettrait de renflouer les caisses de l’Etat. Une évaluation sommaire prévoit une enveloppe budgétaire annuelle de plus de 20 millions de USD qui pourrait venir améliorer les ressources internes de l’Etat.
L’Ecoredevance est basée sur un principe simple : il s’agit de l’application du principe Pollueur-Payeur. C’est-à-dire, celui qui pollue ou contribue à la pollution est responsable du paiement d’une redevance qui sera utilisée pour le recyclage des déchets issus des produits dangereux.
Pour mettre en place l’Ecoredevance ou encore l’Ecotaxe, l’Etat a besoin de deux choses. La première, c’est la volonté de l’Etat qui voudrait faire face à cette nouvelle donne de l’économie nationale et internationale. Cette volonté va se préciser par la mise en place d’une nouvelle réglementation claire qui encadre le périmètre de cette nouvelle source de financement de l’économie.
La deuxième chose réside en la capacité de l’Etat à trouver des partenaires capables de l’aider dans la mise en place de ce nouveau dispositif. L’utilisation de partenaires permettra de créer le pont nécessaire entre la mission de service public et les acteurs du secteur privé qui sont directement impliqués dans le processus de fabrication, d’importation et d’utilisation des biens soumis à l’écoredevance.
La nouvelle économie circulaire des déchets issus de produits dangereux est une nouvelle étape de modernisation de l’économie guinéenne qui fait face à des défis importants liés à l’accroissement de la demande sociale des entreprises et des ménages. Une action et une attention particulière des gouvernants est nécessaire pour créer la dynamique nationale qui permettra de fédérer les initiatives et tempérer les résistances naturelles.
En attendons, nous continuons à voir sur nos artères principales la vente des produits dangereux qui sont ensuite jetés dans la nature.
Allons-y avec méthode.
Moussa Diallo