La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a présenté un tableau largement positif du système bancaire national lors d’une session technique avec une mission du Fonds monétaire international (FMI), dans le cadre des discussions relatives à un futur programme de Facilité élargie de crédit (FEC). Face à la délégation conduite par Izabela Karpowicz, l’institution monétaire a défendu les performances du secteur, tout en reconnaissant que la pénurie de billets demeure un enjeu majeur pour l’économie.
Les indicateurs financiers dévoilés par la BCRG témoignent d’une année 2025 particulièrement favorable pour les établissements de crédit. Le bénéfice net cumulé du secteur s’est établi à 2 396 milliards de francs guinéens, tandis que le total du bilan a progressé de 35 %, porté par une hausse continue des dépôts et des crédits à l’économie. Les créances en souffrance sont restées contenues à 9 %, avec un niveau de provisionnement en constante amélioration, traduisant un renforcement de la qualité des actifs bancaires.
Selon la Banque centrale, aucun établissement bancaire n’a enregistré de pertes au cours de l’exercice, illustrant la capacité du secteur à résister à un environnement économique international marqué par de fortes incertitudes. Ces résultats, présentés à la mission du FMI, visent à démontrer la résilience du système financier guinéen et les progrès accomplis dans le renforcement de sa stabilité.
Une inclusion financière en progression
Au-delà des performances financières, la BCRG a également mis l’accent sur les avancées réalisées en matière d’inclusion financière. Le pays compte désormais 24 établissements de crédit, 231 agences bancaires et 251 guichets automatiques, répartis sur l’ensemble du territoire.
L’institution entend poursuivre cette dynamique afin d’élargir l’accès des populations aux services financiers formels, un levier considéré comme essentiel pour soutenir la croissance économique et favoriser une meilleure intégration des citoyens dans le système bancaire.
La pénurie de billets au cœur des échanges
Malgré ces résultats encourageants, la question de la disponibilité des espèces a occupé une place importante dans les discussions avec les experts du FMI. Confrontée aux difficultés d’accès au cash qui affectent aussi bien les ménages que les entreprises, la Banque centrale estime que cette situation ne résulte pas uniquement d’un manque de monnaie en circulation.
Les responsables de la BCRG attribuent ces tensions à une combinaison de facteurs comportementaux et de contraintes structurelles qui limitent la fluidité de la circulation fiduciaire. Pour y répondre, l’institution mise sur une stratégie de long terme reposant sur trois axes : l’accélération de la digitalisation des paiements, le développement de l’interopérabilité entre les plateformes de paiement électronique et le renforcement de l’éducation financière afin de réduire progressivement la dépendance aux espèces.
Entre performances financières et attentes des acteurs économiques
Si les indicateurs bancaires traduisent une amélioration de la solidité du secteur, les difficultés rencontrées sur le terrain rappellent que les performances macrofinancières ne suffisent pas, à elles seules, à répondre aux préoccupations des usagers.
Dans plusieurs secteurs d’activité, l’accès aux liquidités demeure une contrainte quotidienne, notamment pour les commerçants et les opérateurs dont les transactions reposent encore largement sur les paiements en espèces.
Le défi pour la Banque centrale sera désormais de transformer les progrès enregistrés par le secteur bancaire en améliorations concrètes pour les agents économiques. L’accélération de la transition vers les paiements numériques, combinée à une meilleure disponibilité des services financiers sur l’ensemble du territoire, apparaît comme une condition essentielle pour renforcer la confiance des populations et accompagner durablement la modernisation du système financier guinéen.
Daouda Yansané