La Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a rendu, ce jeudi, un arrêt très attendu dans le dossier de l’ancien Premier ministre guinéen, Dr Ibrahima Kassory Fofana. La juridiction a annulé sa condamnation pour détournement de deniers publics, tout en confirmant sa culpabilité pour enrichissement illicite, avec une peine réduite à trois ans et neuf mois de prison.
Cette décision constitue un nouveau tournant dans l’une des procédures judiciaires les plus emblématiques engagées par la CRIEF depuis sa création, dans un contexte de renforcement de la lutte contre la corruption et les infractions économiques en Guinée.
Une condamnation partiellement réformée en appel
À la lecture de l’arrêt, le président de la Chambre des appels, le juge Daye Mara, a déclaré Ibrahima Kassory Fofana non coupable des faits de détournement de deniers publics. En revanche, la Cour l’a reconnu coupable d’enrichissement illicite et l’a condamné à une peine de trois ans et neuf mois d’emprisonnement, contre cinq ans prononcés en première instance.
Sur le plan civil, l’ancien chef du gouvernement devra verser trois milliards de francs guinéens à l’État à titre de dommages et intérêts.
Le parquet spécial près la CRIEF, qui avait requis la confirmation intégrale du jugement de première instance, n’a donc été suivi que partiellement par la juridiction d’appel.
Une affaire ouverte depuis 2022
Le dossier Kassory Fofana remonte à 2022, quelques mois après la mise en place des nouvelles autorités de la transition. L’ancien Premier ministre du président Alpha Condé avait été poursuivi par le parquet spécial de la CRIEF pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Selon l’accusation, les faits portaient sur un montant évalué à 15 milliards de francs guinéens, que le ministère public estimait avoir été irrégulièrement gérés dans le cadre de l’exercice de ses fonctions à la Primature.
Au fil de la procédure, plusieurs audiences ont été marquées par les débats autour de l’état de santé de l’ancien Premier ministre, hospitalisé à plusieurs reprises à la Clinique Pasteur de Conakry. Ses avocats avaient régulièrement invoqué des raisons médicales pour justifier son absence devant la juridiction.
En février 2025, la Chambre de jugement de la CRIEF l’avait condamné à cinq ans de prison, assortis d’une amende de deux milliards de francs guinéens. La juridiction avait également ordonné la confiscation des avoirs détenus sur ses comptes bancaires domiciliés à VistaGui au profit de l’État.
Le ministère public réclamait par ailleurs le remboursement des 15 milliards de francs guinéens correspondant au préjudice financier allégué, ainsi que trois milliards de francs guinéens de dommages et intérêts.
Daouda Yansané