Réuni en séance plénière ce mardi 31 mars, le Conseil National de la Transition (CNT) a adopté à l’unanimité le projet de Loi de Finances Initiale (LFI) pour l’exercice 2026, marquant une nouvelle étape dans la stratégie budgétaire du gouvernement.
Présenté par N’Gouamou Fabara Koné, rapporteur de la Commission du Plan, des Affaires Financières et du Contrôle Budgétaire, le document prévoit une enveloppe globale de dépenses publiques fixée à 64 181,36 milliards de francs guinéens. Ce niveau représente une hausse significative de 18,3 % par rapport à la loi de finances rectificative 2025, et équivaut à près de 16 % du produit intérieur brut.
Une structure budgétaire dominée par les dépenses courantes
Dans le détail, le budget général absorbe l’essentiel des crédits avec 61 755,12 milliards GNF, complété par 2 426,24 milliards GNF au titre des budgets d’affectation spéciale. L’analyse met en évidence une forte prédominance des dépenses courantes, notamment à travers plusieurs fonds stratégiques.
Le Fonds National de Développement Local (FNDL) enregistre ainsi une progression notable de plus de 46 %, atteignant 1 171,39 milliards GNF. À l’inverse, le Fonds Commun de l’Éducation (FCE) recule légèrement de 4,8 %. D’autres mécanismes, comme le Fonds d’Investissement Minier (FIM) et le Fonds de Développement des Communes de Conakry (FODECCON), affichent des hausses respectives de plus de 46 % et 30 %, traduisant une volonté de renforcer les investissements territoriaux et sectoriels.
Pression accrue sur les charges salariales et la dette
Les dépenses de personnel s’établissent à 12 501,90 milliards GNF, en hausse de 10,29 %, sous l’effet combiné des recrutements publics et des engagements sociaux de l’État. Parallèlement, le service de la dette connaît une augmentation particulièrement marquée : les charges financières atteignent 4 764,85 milliards GNF, soit une progression de 57,2 % en un an.
Les dépenses de biens et services, quant à elles, évoluent de manière plus modérée, avec une hausse limitée.
Dépendance accrue aux financements extérieurs
Pour financer ce budget ambitieux, les ressources mobilisées s’élèvent à 35 537,06 milliards GNF, couvrant un peu plus de la moitié du budget général. Cette enveloppe se répartit entre ressources internes (11 597,38 milliards GNF) et financements extérieurs (22 532,35 milliards GNF).
La forte progression des ressources extérieures, en hausse de plus de 190 %, souligne une dépendance accrue vis-à-vis des partenaires internationaux pour soutenir l’effort budgétaire.
Un déficit maîtrisé mais significatif
Le solde global du budget fait apparaître un déficit de 8 323,27 milliards GNF, soit 2,1 % du PIB. Celui-ci devrait être entièrement financé par des ressources de financement prévues dans le cadre budgétaire.
Les dépenses d’investissement atteignent 9 486,91 milliards GNF, incluant notamment une subvention de 3 000 milliards GNF destinée à stabiliser les prix de l’électricité. Les autorités entendent prioriser les projets structurants, en particulier ceux liés au programme Simandou 2040, ainsi que les secteurs sociaux, agricoles et les infrastructures.
Des recommandations pour renforcer l’efficacité budgétaire
Au-delà des chiffres, la Commission parlementaire a formulé plusieurs recommandations visant à améliorer l’efficacité de la dépense publique. Celles-ci portent notamment sur :
• le soutien aux industries culturelles et créatives
• la rationalisation des subventions à l’électricité
• le renforcement des infrastructures hospitalières et des équipements sanitaires
• l’achèvement des projets d’infrastructures locales, notamment rurales
• l’apurement de la dette intérieure
• une meilleure redistribution des ressources aux collectivités locales
Les parlementaires ont également insisté sur la nécessité d’accélérer la relance industrielle, de moderniser le système bancaire et les paiements électroniques, et de renforcer les capacités opérationnelles des services de protection civile.
Enfin, le rapport met en avant l’importance de développer les infrastructures énergétiques de proximité, notamment les micro-barrages, ainsi que l’électrification des zones situées autour des grands ouvrages hydroélectriques comme Kaléta, Souapiti et Amaria.
Daouda Yansané