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Économie : la ministre Mariama Ciré, le mal-aimé de la gouvernance (grand dossier)

Son nom est sur toutes les lèvres. Du plus petit fonctionnaire au plus haut responsable de l’administration. Dans les couloirs de la Primature, des ministères et des grandes directions, chacun a sa plainte. Toutes ces critiques se résument à une même accusation : la gestion jugée trop parcimonieuse des finances de l’État par la ministre Mariama Ciré.

La patronne guinéenne du cordon de la bourse semble être la mal-aimée de cette gouvernance. En privé, sa méthode de gestion est critiquée. On dénonce une approche restrictive qui, selon ses détracteurs, aurait asphyxié l’économie nationale et empêché les départements ministériels ainsi que les grandes directions du pays d’obtenir des résultats.

Il ne faut pas se leurrer . Cela se dit partout. La colère exprimée par le Premier ministre lors de sa sortie la semaine dernière visait, en grande partie, sa ministre de l’Économie. L’insubordination évoquée en filigrane par le chef du gouvernement ne concernait pas forcément son rival de toujours,  comme l’avaient soupçonné plusieurs observateurs.

Bah Oury semblait plutôt adresser une pique à la ministre Mariama Ciré, qui aurait également imposé à la Primature des règles strictes en matière de décaissement. Les exigences de justification des dépenses seraient aussi appliquées au Palais de la Colombe, qui doit, comme tous les autres services publics, présenter des rapports sur l’utilisation des fonds mis à sa disposition.

Autre motif de mécontentement du Premier ministre, selon certaines informations, le fait que sa ministre prendrait  exclusivement ses  décisions ailleurs , chez le président de la république

Mariama Ciré est-elle pour autant incompétente ?

Il ne suffit pas de recenser les plaintes, aussi nombreuses soient-elles, pour remettre en cause la gestion du département de l’actuelle ministre des Finances. Il faut aller au-delà afin de se forger une opinion objective, débarrassée de toute subjectivité.

Il est possible que la méthode de la ministre des Finances, marquée par une grande rigidité dans le respect des principes, puisse susciter des frustrations. Mais force est de reconnaître que sa rigueur dans l’application des procédures et dans la gestion parcimonieuse des ressources publiques répondait à un besoin réel, dans un contexte où les finances publiques avaient été éprouvées par la signature d’ordres de paiement en violation des règles de l’orthodoxie financière.

L’ancien ministre des Finances, Mourana Soumah, accusé d’avoir eu une signature trop facile, est reproché, à tort ou à raison, d’avoir contribué à fragiliser les finances de l’État.

Un cadre de la Banque centrale confiait à notre rédaction que cette institution rencontrerait aujourd’hui moins de difficultés qu’auparavant. Selon lui, les ordres de paiement signés sous la gestion de Mariama Ciré seraient désormais davantage conditionnés par la position nette du Trésor (PNT) et ne nécessiteraient plus les mêmes arbitrages qu’auparavant.

Dans le domaine des travaux publics également, où les critiques sont parmi les plus virulentes, la ministre des Finances exige que tous les contrats soient soumis à des appels d’offres. Fini, selon cette approche, les arrangements de mauvais aloi. Les décaissements en faveur des entreprises sont désormais proportionnels au niveau d’exécution des contrats.

Quant aux établissements publics à caractère administratif (EPA) qui bénéficient des subventions de l’État, aucun ne serait exempté . Ils doivent produire des rapports justifiant l’utilisation des ressources mises à leur disposition.

Ce sont autant de qualités qui peuvent difficilement plaire à une administration habituée à se servir à satiété dans les caisses publiques sans toujours fournir de justification en retour. Le qualificatif de « mal-aimée » prend alors tout son sens.

Cependant, cela ne doit pas occulter certains aspects de la personnalité et de la méthode de la ministre qu’elle doit encore améliorer afin d’être pleinement irréprochable.

En tout cas, pour l’heure, les critiques formulées contre elle pourraient s’apparenter à une tempête dans un verre d’eau. En Guinée, lorsqu’on bénéficie du soutien du Président, on ne craint pas grand-chose et l’on peut être tenté d’adopter une posture d’assurance, voire d’insubordination.

Nous y reviendrons.

Mognouma cissé