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Politique monétaire : la BCRG baisse ses taux dans un contexte contrasté

Emergence – Le Comité de politique monétaire de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a tenu, lundi 30 mars 2026, sa 21ᵉ session ordinaire, sous la présidence de Elhadj Mohamed Lamine Conté, Premier vice-gouverneur, représentant le gouverneur Karamo Kaba.

À l’issue de cette réunion, l’institution a décidé d’assouplir les conditions monétaires en abaissant de 25 points de base le taux directeur, désormais fixé à 9,50 %, ainsi que le coefficient des réserves obligatoires, ramené à 11,50 %.

Un environnement international contrasté

Le Comité a relevé que l’économie mondiale demeure marquée par des incertitudes persistantes, notamment d’ordre géopolitique. La croissance a affiché des évolutions différenciées selon les régions.

Aux États-Unis, elle est restée relativement stable à 2,2 % au dernier trimestre 2025, tandis qu’elle a légèrement ralenti dans la zone euro à 1,3 %. Dans les économies émergentes, la croissance a décéléré en Chine (4,5 %), alors qu’elle est restée dynamique en Inde (7,8 %).

En Afrique subsaharienne, l’activité est globalement stable, avec des performances de 1,8 % en Afrique du Sud et de 4,0 % au Nigeria.

Par ailleurs, les prix des matières premières ont reculé de 8,7 % en glissement annuel, selon l’indice de la Banque mondiale. Toutefois, les produits miniers exportés par la Guinée — notamment l’aluminium, le minerai de fer et l’or — ont enregistré une hausse.

Une économie guinéenne en progression

Sur le plan national, l’économie guinéenne a poursuivi sa dynamique positive. La croissance est estimée à 6,8 % au quatrième trimestre 2025, contre 6,6 % au trimestre précédent, soutenue principalement par la demande intérieure.

Cette progression s’est accompagnée d’une légère accélération de l’inflation, qui s’est établie à 3,9 % en décembre 2025 puis à 4,4 % en janvier 2026.

La masse monétaire a fortement progressé (+38,1 %), atteignant 94 081,3 milliards de francs guinéens à fin décembre 2025, en lien avec l’augmentation des avoirs extérieurs nets. Les crédits au secteur privé ont également augmenté de 8,9 %, à 24 729 milliards de francs guinéens, principalement au profit du commerce, de l’industrie manufacturière et des transports.

Conditions financières et équilibre externe

Les conditions monétaires ont été marquées par une légère détente des taux d’intérêt. Le taux débiteur moyen s’est établi à 14 %, tandis que le taux créditeur sur les comptes d’épargne a reculé à 2,95 %.

Dans le même temps, la liquidité bancaire s’est renforcée, atteignant 23 862,3 milliards de francs guinéens.

Sur le marché des changes, le franc guinéen s’est déprécié de 1,1 % face au dollar sur le marché officiel et de 1,6 % sur le marché des bureaux de change.

Sur le plan budgétaire, le déficit (dons inclus) s’est creusé à 6,4 % du PIB au quatrième trimestre 2025, sous l’effet d’une hausse plus rapide des dépenses publiques que des recettes.

En revanche, le secteur extérieur a affiché une performance solide, avec un excédent du compte courant de 926,2 millions de dollars et des réserves de change atteignant 3,7 milliards de dollars, soit 3,4 mois d’importations.

Des perspectives favorables, mais sous risques

Selon les projections de la Banque centrale, la croissance devrait atteindre 6,5 % au premier trimestre 2026, portée par les secteurs secondaire et tertiaire. L’inflation est attendue autour de 4,5 % au cours du premier semestre.

Les réserves de change devraient également se renforcer progressivement, atteignant jusqu’à 4,4 mois d’importations au troisième trimestre 2026.

Toutefois, ces perspectives restent exposées à plusieurs risques. À l’international, les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, pourraient accentuer la volatilité des prix des matières premières. Sur le plan interne, les incertitudes concernent notamment le renchérissement des importations, la hausse des dépenses publiques liées au calendrier électoral et les contraintes de liquidité fiduciaire.

Une politique monétaire plus accommodante

Face à cet environnement, le Comité de politique monétaire a opté pour une orientation plus accommodante afin de soutenir l’activité économique, tout en restant vigilant face aux risques inflationnistes.

Cette décision traduit la volonté de la Banque centrale de maintenir l’équilibre entre soutien à la croissance et stabilité macroéconomique.

Emergencegn