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LFI 2026 : la Guinée vise 9,5 % de croissance (Mariama Ciré Sylla)

Présenté devant le Conseil national de la transition ce samedi 28 mars 2026, le projet de Loi de Finances Initiale (LFI) 2026 marque une nouvelle étape dans la stratégie économique des autorités guinéennes. La ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, y a exposé les priorités d’un budget conçu comme un levier de transformation structurelle et de consolidation de la souveraineté financière du pays.

Le cadrage macroéconomique retenu traduit des ambitions élevées : le gouvernement vise une croissance de 9,5 % en 2026, avec une inflation contenue à 3,5 % et un déficit budgétaire limité à 2,1 % du PIB. Des objectifs qui reflètent, selon les autorités, une volonté d’allier expansion économique et discipline budgétaire.

Au-delà des indicateurs, l’exécutif revendique un changement d’approche. « Ce budget est un instrument de souveraineté économique », a souligné la ministre, insistant sur son rôle de feuille de route opérationnelle. Cette orientation s’inscrit dans la dynamique du programme Simandou 2040, porté sous l’impulsion du président Mamadou Doumbouya. Ce vaste plan ambitionne de repositionner durablement la Guinée comme une économie émergente, en s’appuyant sur une planification intégrée.

Estimé à plus de 330 milliards de dollars, Simandou 2040 regroupe plus de 120 projets structurants répartis en trois phases. La première, chiffrée à 55 milliards de dollars, cible prioritairement les infrastructures et les programmes sociaux, tandis que les phases suivantes visent à accélérer l’industrialisation et à renforcer le capital humain.

Sur le plan budgétaire, les recettes sont attendues à 55 858 milliards de francs guinéens, soit une progression de 27,1 % par rapport à 2025. Cette hausse repose notamment sur la poursuite des réformes fiscales, la digitalisation des administrations financières et les retombées anticipées de l’exploitation du gisement de fer de Simandou. Les recettes minières devraient ainsi bondir de près de 70 %.

Dans cette perspective, les autorités prévoient également la création d’un fonds souverain destiné à capter les revenus extractifs et à financer des investissements stratégiques, tout en constituant une épargne pour les générations futures. Ce dispositif s’accompagne d’efforts pour renforcer la crédibilité financière du pays auprès des partenaires internationaux.

Les dépenses publiques, estimées à plus de 64 000 milliards de francs guinéens (+18,3 %), accordent une place centrale à l’investissement, qui représente près de 46 % du budget. Les secteurs sociaux restent également prioritaires, notamment la santé, l’éducation, l’accès à l’eau et le soutien aux collectivités locales.

Parmi les mesures annoncées figurent le renforcement des infrastructures sanitaires, l’acquisition d’équipements médicaux et d’ambulances, la réalisation de 1 600 points d’eau, ainsi que l’appui aux administrations locales. Le gouvernement entend par ailleurs soutenir le transport public, les PME, le système pénitentiaire et, fait notable, les fédérations sportives.

À travers cette LFI 2026, les autorités affichent une ligne claire : mobiliser davantage de ressources, intensifier les investissements tout en préservant les équilibres macroéconomiques, et surtout garantir un impact tangible des dépenses publiques. « L’enjeu n’est pas seulement de dépenser, mais de produire des résultats », a conclu la ministre, appelant à une exécution rigoureuse et orientée vers la performance.

Daouda Yansané