Premier magazine dédié à l’économie guinéenne et africaine

Crise du cash en Guinée : la BCRG reconnaît ses erreurs et tente de relancer la machine bancaire

Emergence – Confrontée à une crise persistante de liquidité qui fragilise l’activité économique et perturbe le quotidien des ménages, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) engage un réajustement de sa politique monétaire. Son gouverneur, Karamo Kaba, a annoncé ce dimanche 22 mars un virage stratégique destiné à rétablir la confiance entre le système bancaire et les usagers.

Devant un parterre d’opérateurs économiques et de chefs d’entreprise, le gouverneur a reconnu que certaines décisions récentes de la Banque centrale ont produit des effets contre-productifs. Ces mesures auraient contribué à installer un climat de méfiance, incitant de nombreux acteurs à conserver leurs liquidités en dehors du circuit bancaire formel.

Admettant implicitement un défaut d’adhésion du public, il a indiqué que plusieurs dispositifs seront revus, avec pour priorité de restaurer la crédibilité du système bancaire et d’encourager le retour des dépôts dans les institutions financières.

Une liquidité abondante… mais mal recyclée

Contrairement aux perceptions largement répandues, la BCRG affirme avoir fortement injecté des liquidités dans l’économie ces derniers mois. Le problème ne résiderait donc pas dans l’offre monétaire, mais dans sa circulation.

Un indicateur avancé par le gouverneur illustre cette défaillance : seuls 6 % des billets injectés reviendraient dans le circuit bancaire. Autrement dit, la grande majorité des espèces distribuées reste immobilisée en dehors des banques, traduisant une rupture profonde du mécanisme de recyclage de la monnaie.

Ce phénomène de thésaurisation massive constitue aujourd’hui l’un des principaux défis pour les autorités monétaires, car il limite l’efficacité des politiques de régulation et accentue les tensions sur le cash disponible en guichet.

Vers une transformation structurelle du système financier

Au-delà des ajustements à court terme, la Banque centrale affiche une ambition plus large : accélérer la modernisation du système financier guinéen. Le gouverneur a insisté sur la nécessité d’une transition vers une économie davantage bancarisée et digitalisée.

Cette orientation est présentée comme un passage obligé pour soutenir les ambitions de croissance du pays. Un secteur bancaire robuste et inclusif est, selon lui, une condition essentielle à l’émergence économique.

Une réponse attendue face à l’urgence

Cette annonce intervient dans un contexte de forte pression sur les autorités, alors que des mesures exceptionnelles ont récemment été prises au sommet de l’État, notamment l’impression de nouveaux billets pour atténuer la pénurie de liquidités.

Reste désormais à savoir si ce changement de cap de la Banque centrale suffira à inverser la tendance et à rétablir durablement la confiance des agents économiques, condition indispensable au bon fonctionnement du système financier guinéen.

Daouda Yansané