Le discours est bien huilé. On le ressasse tout le temps . Une maniere de rassurer , alors qu’on en ait qu’aux actes de bonne intention. Peut-être un chemin pour y arriver . L’atelier consacré à la restitution des travaux préparatoires à la création de cette institution tenu à Conakry, ce mercredi 9 septembre en présence du Premier ministre, de plusieurs membres du gouvernement, de représentants du secteur privé, des chambres consulaires, de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers s’inscrit dans cette dynamique. On peut alors dire qu’une autre étape vient d’être franchie .
Présenté comme un instrument majeur de la stratégie économique du pays, le futur Fonds souverain doit permettre à la Guinée de mieux gérer les revenus issus de ses ressources naturelles, notamment dans le contexte de la montée en puissance du projet Simandou.
Faire de la rente minière un patrimoine durable
Dans son intervention, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla a présenté la création du Fonds souverain comme un « acte fondateur » destiné à inscrire la gestion des revenus miniers dans une perspective de long terme.

La démarche répond notamment à une question centrale : comment transformer une richesse tirée d’un sous-sol riche en ressources minières en un patrimoine durable pour l’ensemble de la population ?
Le gouvernement entend ainsi s’inspirer de l’expérience de pays ayant mis en place des mécanismes similaires, notamment la Norvège avec ses revenus pétroliers, le Botswana avec le diamant et le Nigeria avec ses ressources pétrolières et gazières.
« Une ressource naturelle n’est pas une richesse inépuisable. Ce qui est durable, c’est l’institution qui en gère les fruits », a-t-elle souligné en substance.
Cette ambition intervient alors que le projet Simandou entre dans une phase déterminante. La Guinée table notamment sur une capacité de production de fer pouvant atteindre 120 millions de tonnes à l’horizon 2028, avec d’importants investissements directs étrangers et des infrastructures structurantes, dont une ligne ferroviaire et un port.
Trois priorités pour le futur Fonds
Le Fonds souverain devrait s’articuler autour de trois grandes missions.
La première consiste à financer le développement national. Les revenus issus des ressources minières devront, selon le gouvernement, contribuer au financement des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de l’emploi et de l’amélioration des conditions de vie des populations.
La deuxième priorité est la stabilisation des finances publiques. Face à la volatilité des cours des matières premières, le Fonds devrait jouer un rôle d’amortisseur afin de limiter l’impact des baisses de recettes minières sur le budget de l’État.
Enfin, la troisième mission sera de constituer une épargne au bénéfice des générations futures, en conservant une partie des revenus tirés de ressources par définition épuisables.
L’objectif est donc de dissocier autant que possible la gestion de cette richesse des urgences budgétaires du moment.
Une gouvernance fondée sur la transparence
Pour les autorités, la crédibilité du Fonds dépendra largement de la qualité de sa gouvernance.
Le futur mécanisme devra notamment reposer sur des règles précises concernant les versements et les retraits, une doctrine d’investissement claire ainsi qu’une séparation rigoureuse entre les objectifs de stabilisation, d’épargne et de développement.
Les autorités insistent également sur la nécessité d’assurer l’indépendance et la compétence des organes de gouvernance, la réalisation d’audits indépendants, la publication régulière d’informations et la mise en place d’un contrôle institutionnel effectif.
La référence aux principes de Santiago, qui constituent un cadre international de bonnes pratiques pour la gouvernance et les investissements des fonds souverains, doit également contribuer à renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux.
Des cabinets internationaux mobilisés
Plusieurs cabinets de conseil ont été associés aux travaux préparatoires. Leur mission porte notamment sur l’architecture financière, le modèle économique, le cadre juridique et la conformité aux standards internationaux.
Les équipes nationales doivent également veiller à ce que le modèle retenu soit adapté aux réalités économiques et institutionnelles de la Guinée.
Le Fonds spécial d’investissement de Guinée, qui assure le secrétariat technique du processus, est chargé du suivi des orientations retenues, de la consolidation des acquis et de l’appui technique aux futurs organes de gouvernance.
Son directeur général, Ibrahima Khalil N’gueye, a souligné que les travaux réalisés constituent une base technique solide, tout en reconnaissant que plusieurs paramètres doivent encore être consolidés.
Simandou 2040, cadre stratégique
La création du Fonds souverain s’inscrit dans un ensemble plus large de réformes économiques, notamment le programme Simandou 2040, présenté comme le cadre de transformation à long terme de l’économie guinéenne.
Le Fonds souverain est appelé à jouer un rôle de cohérence entre les revenus générés par les ressources naturelles, les investissements publics et la constitution d’un patrimoine financier de long terme.
La Guinée a par ailleurs conclu avec le Fonds monétaire international un programme de financement destiné à accompagner les réformes économiques et à renforcer notamment la mobilisation des recettes intérieures et la gestion des finances publiques.
Une étape avant l’opérationnalisation
L’atelier organisé à Conakry doit permettre de recueillir les observations des différentes parties prenantes sur les travaux déjà réalisés et de définir les prochaines étapes.
Les discussions portent notamment sur le cadre juridique et institutionnel, les mécanismes de gouvernance, la doctrine d’investissement, les règles d’alimentation et de retrait du Fonds ainsi que la trajectoire devant conduire à son opérationnalisation.
Pour le premier ministre, Amadou Oury Bah, à travers ce chantier, les autorités guinéennes veulent éviter que les revenus exceptionnels attendus de l’exploitation minière ne soient absorbés par les seules dépenses du présent.
Le défi est désormais de traduire les études préparatoires en décisions institutionnelles et opérationnelles.
Selon lui, l’enjeu dépasse ainsi la seule création d’un nouvel instrument financier. Il s’agit de mettre en place une institution capable de déterminer, sur plusieurs décennies, comment une partie de la richesse issue du sous-sol guinéen sera transformée en actifs durables au bénéfice des générations actuelles et futures.
« C’est un grand jour », ont insisté les autorités, appelant à faire de la gestion des ressources naturelles un levier de développement, de stabilité économique et de transmission du patrimoine national.
Daouda Yansané