La Guinée renforce son dispositif de contrôle des exportations d’or et de métaux précieux. Un nouveau décret présidentiel fait désormais de l’Office Guinéen d’Expertise de l’Or, du Diamant et autres Matières Précieuses (OGED) une étape incontournable avant toute sortie du territoire de cargaisons raffinées ou affinées dans le pays.
La réforme du secteur minier se poursuit en Guinée. Le président de la République, le général Mamadi Doumbouya, a signé un décret fixant de nouvelles règles applicables à l’exportation de l’or et des métaux associés raffinés ou affinés sur le territoire national.
Rendu public le vendredi 2 octobre 2026, le texte introduit une procédure destinée à mieux encadrer les flux de métaux précieux, renforcer leur traçabilité et améliorer le contrôle des opérations d’exportation.
Au-delà de l’aspect administratif, cette nouvelle réglementation traduit la volonté des autorités de mieux sécuriser les revenus issus des ressources minières et de favoriser une plus grande valeur ajoutée locale.
L’OGED devient un passage obligatoire
Le principal changement concerne le rôle désormais attribué à l’Office Guinéen d’Expertise de l’Or, du Diamant et autres Matières Précieuses.
Selon le nouveau dispositif, toute entreprise ou personne morale disposant d’une autorisation d’exportation devra saisir l’OGED avant l’expédition de sa cargaison.
L’organisme aura notamment pour mission de recevoir les demandes, d’évaluer les cargaisons concernées et de procéder à la certification de leur origine.
Cette centralisation doit permettre aux autorités de disposer d’un meilleur suivi des volumes de métaux précieux quittant le territoire guinéen, tout en renforçant les mécanismes de contrôle sur la provenance des produits exportés.
Traçabilité et recettes publiques en ligne de mire
À travers cette réforme, l’enjeu dépasse la simple formalisation des procédures d’exportation.
Pour les autorités, il s’agit également de mieux maîtriser la chaîne de valeur des métaux précieux, depuis leur traitement sur le territoire jusqu’à leur commercialisation sur les marchés extérieurs.
Le renforcement de la traçabilité constitue ainsi un levier pour limiter les risques de fraude, de sous-déclaration ou de sorties irrégulières de minerais et métaux précieux.
La mesure pourrait également contribuer à sécuriser les recettes fiscales et douanières générées par les exportations, dans un secteur stratégique pour les finances publiques et l’économie guinéenne.
Miser davantage sur la transformation locale
Le décret s’inscrit par ailleurs dans la stratégie des autorités visant à accroître la transformation des ressources minières avant leur exportation.
En encadrant spécifiquement l’exportation de l’or et des métaux associés raffinés ou affinés en Guinée, le gouvernement entend donner davantage de poids aux activités de traitement et de valorisation réalisées sur le territoire national.
Cette orientation répond à un objectif économique plus large : faire en sorte que l’exploitation des ressources minières génère davantage de valeur ajoutée en Guinée, plutôt que de limiter les retombées économiques à l’extraction et à l’exportation des matières premières.
Un nouveau cadre pour les opérateurs
Pour les acteurs du secteur, l’entrée en vigueur de ces nouvelles dispositions implique une adaptation des procédures d’exportation.
Les opérateurs concernés devront désormais intégrer l’OGED dans leur chaîne administrative avant toute expédition de cargaisons entrant dans le champ du décret.
Le nouveau mécanisme place ainsi l’Office au centre du processus de contrôle, d’expertise et de certification des métaux précieux destinés aux marchés internationaux.
Avec cette réforme, la Guinée cherche à renforcer la gouvernance de ses ressources aurifères et à mieux capter les retombées économiques de leur commercialisation. Reste désormais à mesurer, sur le terrain, l’impact de ce nouveau dispositif sur les délais d’exportation, les coûts supportés par les opérateurs et, surtout, sur la transparence et les recettes générées par le secteur.
Daouda Yansané