Emergence – La Guinée veut accélérer la transformation de son élevage bovin afin de réduire sa dépendance aux importations de viande et de lait.
Lors d’une rencontre tenue lundi 24 août 2026 à Conakry autour du Programme national d’amélioration génétique bovine Horizon 2026-2035, Mabouba Diagne, ancien ministre sénégalais de l’Agriculture, a appelé à investir massivement dans la filière.
Avec une population estimée entre 15,5 et 16 millions d’habitants, la Guinée devrait, selon ses projections, produire environ 160 000 tonnes de viande rouge pour répondre davantage à la demande nationale. Le pays devrait également viser près d’un milliard de litres de lait afin de renforcer sa souveraineté alimentaire.
Pour atteindre cet objectif laitier, Mabouba Diagne estime nécessaire de disposer d’environ 170 000 vaches laitières génétiquement améliorées, produisant en moyenne 20 litres par jour pendant 300 jours de lactation. Mais l’amélioration génétique doit, selon lui, aller de pair avec une alimentation animale adaptée et un renforcement des services vétérinaires.
Son modèle prévoit ainsi 51 708 hectares consacrés à la production d’aliments pour le cheptel. Des exploitations de cinq hectares, de 50 hectares et de plus grande taille pourraient être développées pour faire émerger des « agri-champions » spécialisés dans les cultures fourragères.
La structuration des producteurs constitue également une priorité. Mabouba Diagne préconise leur formation, leur regroupement en coopératives communales ou préfectorales et leur accès au financement bancaire.
L’ancien banquier estime par ailleurs que certains modèles d’élevage laitier peuvent dépasser 20 % de rentabilité, avec un retour sur investissement inférieur à trois ans. Il cite son expérience au Sénégal, où il affirme avoir créé en cinq ans une entreprise agro-industrielle employant environ 200 personnes et générant plusieurs milliards de francs CFA de chiffre d’affaires.
Pour lui, la filière peut devenir un moteur d’investissements, d’emplois ruraux et de souveraineté alimentaire, à condition d’intégrer production, financement, transformation et commercialisation dans une même chaîne de valeur.
Daouda Yansané