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Guinée : la CRIEF ouvre une enquête sur un présumé détournement de près de 298 milliards GNF du FODEL.

La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a lancé une enquête préliminaire sur un présumé détournement de 297,6 milliards de francs guinéens destinés au Fonds de développement économique local (FODEL). Plusieurs anciens responsables de l’administration minière, élus locaux et gestionnaires financiers sont visés par la procédure.

La lutte contre la criminalité économique franchit une nouvelle étape en Guinée. Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire portant sur la gestion des ressources du Fonds de développement économique local (FODEL), à la suite de rapports définitifs établis par la Cour des comptes.

Au cœur de cette procédure figure un montant de 297 636 025 061 francs guinéens, correspondant à des contributions versées entre 2015 et 2021 par douze sociétés minières opérant dans le pays. Ces ressources étaient destinées à financer des projets de développement au profit des collectivités affectées par les activités minières.

Selon les constats de la Cour des comptes, une partie importante de ces fonds n’aurait pas été reversée aux collectivités bénéficiaires, notamment dans les préfectures de Boké, Boffa, Kindia, Dinguiraye et Siguiri. Les investigations devront déterminer les responsabilités dans la gestion et l’utilisation de ces ressources.

Les faits examinés par la justice portent notamment sur des soupçons de détournement de deniers publics, corruption d’agents publics et privés, concussion, enrichissement illicite, prise illégale d’intérêts et complicité.

Parmi les personnes citées dans le cadre de cette enquête figurent Mamadouba Tawel Camara, président du comité conjoint du FODEL et ancien secrétaire général du ministère des Mines au moment des faits, Mohamed Camus Camara, ancien maire de la commune urbaine de Boké, ainsi que l’ancien maire adjoint de cette commune, qui assurait également la présidence du comité de suivi-évaluation des projets du FODEL.

La procédure concerne également l’ancien receveur de la municipalité de Boké, Abdoul Goudoussy Manet, maire de la commune rurale de Dabiss et ancien receveur communal, Mamadouba Youla, maire de la commune rurale de Tougnifily, l’ancien receveur communal de Tougnifily, ainsi que Sékou Oumar Diakité, Débré Sacko et Ibrahima Sory Marie Soumah, ancien représentant de l’administration préfectorale au sein du comité d’appui à la gestion du FODEL de Dinguiraye et assistant de consultant au moment des faits.

Afin de conduire les investigations, le parquet spécial a mobilisé plusieurs services spécialisés, notamment la Direction centrale de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ainsi que le Secrétariat à la Présidence chargé des Services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé. Les personnes concernées, ainsi que d’autres acteurs mentionnés dans le dossier, devraient être entendues dans les prochains jours par les officiers de police judiciaire.

Par son ampleur financière et les personnalités concernées, ce dossier pourrait devenir l’une des principales affaires judiciaires et économiques de l’année en Guinée. Il remet au premier plan la question de la gouvernance des revenus issus de l’exploitation minière et de leur redistribution au bénéfice des collectivités locales, un enjeu majeur pour le développement des zones minières.
Daouda Yansané