L’édition 2025 du rapport annuel de l’Institut Fraser, référence mondiale en matière d’attractivité minière, confirme un regain d’intérêt des investisseurs pour plusieurs juridictions africaines.
Mais elle met aussi en lumière une absence remarquée : celle de la Guinée, qui reste cantonnée au bas du classement malgré le lancement du mégaprojet de fer de Simandou.
Un baromètre scruté par l’industrie mondiale
Publié en marge de la convention annuelle de la Prospectors & Developers Association of Canada (PDAC), organisée du 1er au 4 mars 2026 à Toronto, le rapport évalue cette année 68 juridictions dans le monde, dont 14 en Afrique.
L’enquête, menée entre août et novembre 2025 auprès de 256 dirigeants de compagnies minières et d’exploration, repose sur l’Investment Attractiveness Index (IAI). Cet indice combine deux critères :
• la perception des politiques publiques (stabilité réglementaire, fiscalité, sécurité juridique, infrastructures),
• le potentiel géologique.
Selon le think tank canadien, environ 40 % des décisions d’investissement sont influencées par l’environnement politique, contre 60 % par la qualité du potentiel minéral.
Au niveau mondial, le classement est dominé par l’État américain du Nevada, suivi de la province canadienne de l’Ontario. Côté africain, une seule juridiction figure dans le Top 10 mondial.
Le Botswana en locomotive, le Maroc consolide
Le Botswana s’impose comme la juridiction africaine la plus attractive, avec un score de 85,99 sur 100, en forte progression par rapport à 2024. Le pays gagne treize places au classement mondial et atteint le 7e rang sur 68. Les investisseurs saluent autant l’amélioration du potentiel minier que les avancées en matière de politiques publiques.
Le Maroc arrive deuxième sur le continent, au 15e rang mondial, avec un score de 78,97. Le royaume bénéficie d’une perception en amélioration de son cadre réglementaire, même si des interrogations persistent concernant la qualité des bases de données géologiques et l’application des règles en vigueur.
Derrière ce duo de tête, la hiérarchie africaine s’établit comme suit :
• Zambie (25e mondial ; 72,84)
• Tanzanie (34e ; 68,04)
• Côte d’Ivoire (47e ; 60,92)
• République démocratique du Congo (50e ; 57,46)
• Namibie (51e ; 56,21)
• Ghana (53e ; 55,21)
• Angola (55e ; 53,51)
• Afrique du Sud (57e ; 52,97)
La progression la plus notable revient à la Côte d’Ivoire, qui gagne huit places. Abidjan affiche clairement son ambition de devenir, à horizon cinq ans, le premier producteur d’or du continent.
La Guinée en bas de tableau malgré Simandou
En revanche, la Guinée n’apparaît pas parmi les dix juridictions africaines les plus attractives. Avec un score de 52,16, elle ne se classe qu’au 59e rang mondial, derrière la majorité de ses pairs régionaux.
Ce positionnement interroge, alors même que le pays abrite le gisement de fer de Simandou, considéré comme l’un des plus importants au monde. Le projet, structurant pour l’économie guinéenne et soutenu par d’importants investissements internationaux, est censé transformer le pays en acteur majeur du marché mondial du minerai de fer.
Mais le classement du Fraser Institute montre que la taille des réserves ne suffit pas à elle seule à séduire les investisseurs. Les critères liés à la stabilité politique, à la lisibilité réglementaire et à la sécurité juridique demeurent déterminants.
Souverainisme minier : un facteur de défiance ?
La Guinée partage le bas du classement avec le Mali (64e mondial), l’Égypte (66e) et le Burkina Faso (67e). Ces pays ont en commun, pour certains, des réformes récentes de leurs codes miniers visant à renforcer la part de l’État dans les projets extractifs.
Au Mali comme au Burkina Faso, les autorités ont porté la participation publique à 30 % dans les sociétés d’exploitation, avec une part supplémentaire réservée au secteur privé national. Ces orientations, inscrites dans une logique de souverainisme économique, ont été fraîchement accueillies par plusieurs multinationales.
La situation guinéenne s’inscrit dans ce contexte régional de redéfinition des rapports entre États et majors minières. Si l’objectif affiché est de capter davantage de valeur ajoutée, l’effet immédiat sur la perception du risque pays semble peser sur l’attractivité.
Attractivité et retombées : un lien non automatique
Le rapport rappelle enfin qu’une bonne position dans l’indice d’attractivité ne garantit pas mécaniquement des retombées économiques maximales pour les pays hôtes. Inversement, une stratégie de renforcement du contrôle étatique peut améliorer la part nationale dans la rente minière, tout en dégradant la perception des investisseurs à court terme.
Pour la Guinée, l’enjeu est désormais clair : transformer l’effet d’entraînement attendu de Simandou en signal de stabilité et de prévisibilité réglementaire. Faute de quoi, le pays risque de rester à l’écart des juridictions africaines les plus prisées, malgré un sous-sol parmi les plus prometteurs du continent.

Daouda Yansané