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Suspension de dette climatique: Rome redéfinit sa présence économique en Afrique

Emergence – Au deuxième sommet Italie-Afrique organisé le 13 février 2026 à Addis-Abeba, en marge de l’Union africaine, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a dévoilé une initiative phare: la suspension temporaire du service de la dette pour les États africains frappés par des catastrophes climatiques. Intégrée au «Plan Mattei», doté de 5,5 milliards d’euros pour 57 projets dans 14 pays, la mesure vise à soulager des partenaires clés comme l’Angola, l’Éthiopie, le Kenya ou la Côte d’Ivoire.

Présenté comme un mécanisme de solidarité, le dispositif soulève toutefois des interrogations structurelles. L’Italie détient environ 1,3 milliard de dollars de créances en Afrique, principalement via des prêts concessionnels administrés par Cassa Depositi e Prestiti. Or, ces financements ciblent des économies déjà fragilisées par un enchevêtrement de vulnérabilités climatiques et d’endettement multilatéral, notamment auprès du Fonds monétaire international.

En Angola, les inondations récurrentes s’ajoutent à une dette élevée et à des engagements liés au corridor ferroviaire de Lobito. L’Éthiopie, engagée dans le «Common Framework» de restructuration, voit ses sécheresses chroniques peser sur sa capacité de remboursement. Le Kenya et la Côte d’Ivoire, exposés respectivement aux crues destructrices et à l’érosion côtière, demeurent dépendants d’investissements énergétiques et d’infrastructures structurants.

Au-delà de l’allègement conjoncturel, l’enjeu pour les capitales africaines est clair: transformer ces instruments financiers en leviers de souveraineté durable, plutôt qu’en nouveaux vecteurs de dépendance Nord-Sud.

Daouda Yansané