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Pourquoi la Guinée devrait rouvrir le dialogue avec Axis Minerals (Tribune)

Par Souleymane Kaba, analyste des politiques publiques

À la fin du mois dernier, Jeune Afrique a rapporté que le Gouvernement avait rouvert les discussions avec Emirates Global Aluminium (EGA), société mère de Guinea Alumina Corporation (GAC), après la nationalisation de son projet de bauxite à Boké, évalué à 1,4 milliard de dollars. Ce retour discret à la table des négociations marque un changement de ton notable après une année de confrontation — et une reconnaissance implicite que le dialogue, et non la confrontation, constitue la voie la plus sage.

Mais si le gouvernement semble disposé à dialoguer avec EGA, son silence dans le cas d’un autre investisseur majeur, Axis Minerals, raconte une toute autre histoire — une histoire qui risque d’endommager encore davantage la réputation de la Guinée sur la scène internationale.

Un silence persistant dans l’affaire Axis Minerals

Le 14 mai 2025, le gouvernement guinéen a révoqué le permis minier d’Axis Minerals sans avertissement, sans notification ni procédure apparente, selon l’entreprise. Des sources proches de l’entreprise affirment que ses opérations respectaient pleinement toutes les exigences réglementaires et qu’elle entretenait des relations positives avec le ministère des Mines et de la Géologie. Les mêmes sources indiquent qu’elle a cherché à engager un dialogue avec les autorités à plusieurs reprises depuis le 14 mai, sans jamais obtenir de réponse.

L’entreprise a engagé une procédure d’arbitrage après que ses tentatives répétées de dialogue sont restées sans suite. Pourtant, la Guinée a jusqu’à présent refusé de participer au processus. Selon les documents juridiques, l’État n’a pas répondu à la demande d’Axis Minerals visant à contraindre à l’arbitrage avant la date limite du 31 octobre 2025. Ce silence inédit a surpris les observateurs juridiques à Conakry. « Lorsqu’un État refuse de répondre ou de se défendre, cela soulève de sérieuses questions », a déclaré un juriste.

La situation s’est encore aggravée le 16 octobre 2025, lorsque la Cour suprême a rendu son verdict concernant le recours d’Axis Minerals visant à lever le gel de ses deux comptes bancaires, ordonné par la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) peu après la révocation du permis, le 20 mai 2025. Les fonds de l’entreprise restent bloqués à la suite de cette directive. Parmi les arguments avancés, la BCRG et le procureur ont soutenu que ce gel constituait une mesure générale appliquée à toutes les entreprises dont les permis miniers ont été retirés, ajoutant qu’Axis Minerals était la seule à avoir intenté une action en justice pour lever cette mesure.

Axis Minerals a indiqué qu’elle restait ouverte au dialogue et a cherché à comprendre les raisons des agissements du gouvernement. Mais ses démarches sont restées lettre morte. Au lieu d’un engagement constructif, la Guinée risque de s’enfermer dans un bras de fer juridique qui pourrait lui coûter plus d’un milliard de dollars de dommages et intérêts — sans parler des atteintes durables à sa réputation auprès des milieux financiers et des investisseurs internationaux.

Le coût élevé de l’arbitrage

L’arbitrage peut sembler offrir aux États une occasion d’affirmer leur souveraineté. En réalité, c’est un piège coûteux. Ces procédures sont longues, onéreuses et préjudiciables à la réputation des pays. Elles mobilisent des ressources institutionnelles précieuses et renforcent la perception d’un risque politique et juridique élevé.

Chaque différend non résolu accroît l’incertitude. Les institutions financières, les compagnies minières et les conseillers juridiques observent attentivement la situation. Certains acteurs majeurs — tels que Rio Tinto et Alcoa, actionnaires de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) — auraient déjà hésité à s’engager avec Nimba Mining Company, craignant d’être entraînés dans de futurs litiges, selon Jeune Afrique.

Le vaste potentiel minier de la Guinée — bauxite, fer, or et autres ressources — ne pourra se traduire par des gains de développement que si les investisseurs ont confiance dans la capacité de l’État à honorer ses contrats et à respecter les procédures légales. Or, cette confiance s’érode rapidement.

En refusant de participer à l’arbitrage et en adoptant des mesures unilatérales contre les investisseurs, la Guinée risque de s’isoler à un moment où elle a un besoin urgent de capitaux internationaux pour financer ses priorités en matière d’infrastructures et de développement social. Chaque différend supplémentaire alimente la perception croissante selon laquelle le pays n’est plus un environnement sûr ni prévisible pour les affaires.

Le choix du dialogue plutôt que la confrontation

Il est encore temps de changer de cap. Le rapprochement discret avec EGA montre que la présidence comprend ce qui est en jeu. Un dialogue de bonne foi avec Axis Minerals pourrait éviter des années de contentieux, restaurer la confiance des investisseurs et démontrer que la Guinée reste attachée aux principes de partenariat et d’équité.

Résoudre le différend permettrait de préserver les emplois, de relancer la production et de rassurer les marchés internationaux quant à la capacité de la Guinée à garantir la prévisibilité. Cela confirmerait également la capacité du gouvernement à concilier souveraineté et responsabilité — un test clé pour tout pays cherchant une croissance durable dans l’économie minière mondiale.

L’alternative — le silence, la confrontation et des années d’arbitrage coûteux — ne profiterait à personne. Elle isolerait la Guinée, découragerait les investisseurs et compromettrait les ambitions de développement que le gouvernement affirme poursuivre.