En juillet 2025, la société chinoise SD Mining aurait signé un protocole d’accord avec le ministère des Mines pour reprendre le permis d’exploitation de bauxite précédemment détenu par Axis Minerals, à Boffa. Le montant annoncé — 250 millions de dollars — a suscité un vif étonnement, notamment parce que l’accord aurait été conclu en dehors du cadre légal habituel, sans appel d’offres ni décret présidentiel, pourtant requis.
Un mois plus tard, l’accord est discrètement annulé, dans un contexte tendu : Axis a entre-temps lancé une procédure d’arbitrage international à New York, réclamant plus d’un milliard de dollars à l’État guinéen, et l’affaire a commencé à faire l’objet de commentaires critiques dans la presse spécialisée. Ce revirement illustre les limites d’un système où les grandes décisions économiques peuvent encore être prises — puis défaites — sans véritable cadrage institutionnel.
Retour sur une affaire à rebondissements
Tout commence en mai 2025, avec la révocation du permis d’Axis Minerals. La décision intervient sans préavis, sans justification écrite et sans qu’aucune mise en demeure n’ait été notifiée à l’entreprise, selon ses déclarations. Active depuis 2013, Axis s’était imposée comme le deuxième producteur de bauxite du pays en 2024, avec plus de 22 millions de tonnes exportées. L’entreprise conteste donc vigoureusement la légalité du retrait et engage une action en arbitrage contre l’État guinéen.
Dans la foulée, plusieurs mesures sont prises : évacuation du site, expulsion de personnel étranger, gel des comptes bancaires. Depuis, les autorités sont restées silencieuses, tandis que des concurrents potentiels ont commencé à se positionner.
Ahmed Kanté entre en scène
Parmi ces acteurs, un nom familier est réapparu : Ahmed Kanté, figure bien connue du secteur minier guinéen. Ancien directeur général de la SOGUIPAMI (2012–2017) et ex-ministre des Mines (2007–2008), il dirige désormais une société guinéenne appelée GIC, qui milite activement pour récupérer le permis Boffa-AXIS.
Sa démarche s’est accompagnée d’une présence médiatique remarquée et d’une initiative politique originale : en août 2025, Kanté a lancé un « Fan Club Général Mamadi Doumbouya », présenté comme un mouvement citoyen de soutien, mais largement interprété comme une tentative d’affichage de loyauté au pouvoir en place, dans un contexte concurrentiel sensible.
Sur le plan judiciaire, Ahmed Kanté n’est pas exempt de controverses. En septembre 2025, la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières) a ordonné la reprise des poursuites contre lui pour abus de confiance. S’il a bénéficié d’un abandon des charges concernant des faits de faux et usage de faux, cette actualité judiciaire pèse sur sa candidature à la reprise du permis.
Un climat de rivalité et d’incertitude
La séquence autour du permis Boffa-AXIS a progressivement tourné à la guerre d’influence, alimentée par des déclarations publiques, des tribunes, des contre-communiqués. SD Mining et GIC se disputent, parfois à distance, le même actif, dans un climat juridique incertain, alors même que l’affaire est désormais au cœur d’un arbitrage international.
Ce type de configuration crée une situation à haut risque pour tout nouvel entrant. Les actifs sous contentieux sont juridiquement instables : saisies, injonctions, gel d’actifs ou actions croisées peuvent bloquer ou pénaliser lourdement les opérations, voire exposer l’acquéreur à des recours financiers et réputationnels.
Une gouvernance minière à stabiliser
Cette affaire, au-delà des ambitions d’un acteur ou d’un autre, met en lumière une fragilité structurelle dans la gestion du secteur minier guinéen : en l’absence d’un pilotage fort, lisible et respecté, le champ est laissé aux initiatives individuelles, aux rapprochements d’opportunité et aux stratégies d’influence — parfois au détriment de l’intérêt général.
Les entreprises comme Axis Minerals, qui ont investi sur le long terme dans un esprit de partenariat structurant, paient aujourd’hui le prix d’un système sans garanties claires. Leur éviction brutale, sans procédure transparente, interroge la capacité de la Guinée à offrir un environnement sécurisé aux investisseurs de bonne foi.
Alors que le pays affiche des ambitions fortes à travers des projets structurants comme Simandou, la crédibilité du secteur dépendra aussi — et surtout — de la manière dont seront traités les cas moins médiatiques, mais tout aussi emblématiques, comme celui d’Axis à Boffa.
Ahmed Camara, expert en gouvernance minière
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