Invité de l’émission L’invité de l’économie sur France 24, ce lundi 11 août, l’économiste togolais Kako Nubukpo a livré une analyse sans détour sur les défis et opportunités de l’émergence africaine. Selon lui, la forte croissance démographique du continent ne garantit pas automatiquement un marché solvable.
« Si vous n’avez que des pauvres, ils ne pourront pas acheter les produits », rappelle-t-il. Pour que l’Afrique atteigne une véritable émergence, il plaide pour l’essor d’une classe moyenne enracinée dans les valeurs locales, privilégiant la production et le vivre-ensemble africains, plutôt qu’un modèle de consommation calqué sur l’Occident.
L’ancien ministre togolais identifie deux blocs économiques distincts : six grandes puissances représentant 65 % du PIB africain, dont le Nigeria, l’Angola et l’Algérie, mais dépendantes du pétrole ; et de petites économies dynamiques comme le Botswana, le Ghana, le Rwanda, l’île Maurice, le Cap-Vert et les Seychelles, reconnues pour leur bonne gouvernance et leur intégration à une mondialisation plus équitable.
Pour lui, l’enjeu est d’articuler la puissance de production des grandes économies avec la créativité et la gouvernance exemplaire des plus petites. Cela nécessite « de la volonté politique, des institutions solides et une gouvernance de proximité ».
Si l’Union africaine joue un rôle de représentation internationale, Nubukpo estime qu’elle peine à « infuser au niveau de la base », déplorant un fossé entre élites et populations. Il appelle à « construire de nouveaux communs » et à inscrire l’Afrique dans une mondialisation équitable, loin des injonctions externes qui la poussent à choisir entre le bloc occidental et le « Sud global ».
Face au surendettement le service de la dette représentant en moyenne 54 % des recettes publiques , il défend l’idée d’un financement endogène du développement et salue la création par l’Union africaine d’une agence de notation africaine, destinée à réévaluer les risques de manière autonome.
Pour l’économiste, la crise de la dette peut devenir « une opportunité » si elle conduit à une meilleure gestion des ressources publiques et à une diversification des investissements étrangers au-delà du secteur extractif.
Le décryptage : Daouda Yansané