Alors que la pénurie de billets de banque s’aggrave en Guinée, le gouverneur de la Banque centrale, Karamoko Kaba, s’est exprimé ce mardi en marge de la présentation du rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur les perspectives économiques régionales en Afrique subsaharienne. Une sortie très attendue, mais loin de dissiper les inquiétudes.
Depuis plusieurs années, la gestion de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) par Karamoko Kaba fait l’objet de nombreuses critiques. Entre accusations de mauvaise gouvernance et silence sur de multiples scandales – notamment autour de la gestion controversée des réserves d’or, le gouverneur est resté en place, bénéficiant, selon ses détracteurs, du soutien indéfectible du président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya.
Face à l’actuelle pénurie de billets qui paralyse les échanges économiques et provoque de longues files d’attente dans les banques, Kaba a tenu à minimiser la gravité de la situation :
« Il n’y a pas de crise de liquidité en Guinée. Il y a une crise de billets. Les mots sont importants. Aujourd’hui, quelqu’un qui est bancarisé, qui opère dans l’univers dématérialisé, ne rencontre pas de problème », a-t-il affirmé.
Pour tenter de résoudre cette crise, la BCRG prévoit une injection progressive de 2 600 milliards de francs guinéens dans l’économie nationale, selon le calendrier suivant :
• 500 milliards GNF en août,
• 1 500 milliards en septembre,
• 600 à 700 milliards en octobre.
« Nous allons surmonter cette phase. C’est un moment un peu difficile, mais tout le monde sera payé », a tenté de rassurer le gouverneur.
Mais au lieu d’apaiser les esprits, cette déclaration a suscité davantage de questions. Pourquoi injecter autant de liquidités sans explication claire sur les causes profondes de la pénurie ? Pourquoi ce silence persistant sur le scandale de l’or et d’autres dossiers sensibles ? Et surtout, quelle est la réelle indépendance de la BCRG dans un contexte où, selon une source proche de la Primature, ni le Premier ministre Bah Oury ni son gouvernement ne seraient informés des décisions actuelles de la Banque centrale ?
Sur le terrain, la situation reste préoccupante. Les citoyens peinent à obtenir du liquide dans les banques et les marchés, tandis que l’économie informelle – qui repose largement sur les transactions en espèces – tourne au ralenti. Dans ce climat tendu, les réponses de la Banque centrale sont jugées insuffisantes, voire déconnectées des réalités quotidiennes.
Au-delà des annonces, la question de la transparence et de la gouvernance au sommet de l’État se pose avec acuité, à l’heure où la confiance du public envers les institutions économiques semble de plus en plus fragilisée.
Daouda Yansané