Face aux crises politiques, économiques et environnementales qui secouent le monde, la jeunesse africaine, majoritaire sur le continent, se sent de plus en plus marginalisée. Entre guerres, instabilités et inégalités, elle paie un lourd tribut aux conflits mondiaux, qu’ils se déroulent en Ukraine, à Gaza ou ailleurs.
« Lorsqu’un conflit éclate, la question des jeunes n’est presque jamais prise en compte, alors que nous sommes les premières victimes », déplore Hadja Idrissa Bah, Directrice exécutive du Centre euro-africain pour l’intégration, les droits de l’Homme, la démocratie et la gouvernance sur le plateau de France24. Elle pointe notamment le traitement différencié réservé aux migrants : « En Europe, les réfugiés africains sont moins considérés que les réfugiés ukrainiens. »
L’Afrique, convoitée pour ses richesses
Au-delà des guerres armées, la jeune femme évoque aussi des « guerres économiques » autour des matières premières. Elle cite la Guinée, deuxième producteur mondial de bauxite, ou encore la République démocratique du Congo. « L’Afrique est toujours considérée comme un gâteau à partager, sans valeur ajoutée sur nos ressources », regrette-t-elle, soulignant les conséquences : chômage, manque d’accès aux soins, à l’éducation, exode rural et migrations périlleuses vers l’Europe ou les États-Unis.
Pour elle, la solution passe par la transformation locale des matières premières : « Si la valeur ajoutée reste en Afrique, les États pourront construire des infrastructures, créer de l’emploi et offrir un avenir à leur jeunesse. »
Souveraineté ouverte
La militante défend une souveraineté économique qui ne signifie pas fermeture. Elle prône un modèle « gagnant-gagnant » : « Nos États peuvent être souverains tout en restant ouverts aux autres puissances, à condition que les échanges soient équitables. » Elle prend pour exemple la Chine, qui commerce avec le monde entier tout en gardant le contrôle sur sa production.
Relations avec la France et aide internationale
Sur la relation Afrique–France, elle estime que la méfiance reste forte : « Il faut que la France démontre qu’il n’y a plus de manipulation et que nos États soient pleinement propriétaires de leurs richesses. » Déléguée adjointe au sein du Conseil national de solidarité et de développement international (CNDC), elle plaide pour que Paris maintienne son aide au développement tout en respectant la souveraineté des pays africains.
Elle s’inquiète aussi du retrait progressif de l’USAID, qui fragilise la lutte contre le VIH, le paludisme et d’autres maladies. « Ce retrait a un impact fort », prévient-elle, appelant l’Europe à ne pas réduire ses contributions : « C’est une menace, car nous continuons à être pillés tout en recevant moins d’aides. »
En conclusion, elle insiste sur la nécessité d’une période de transition : « Nos États veulent leur autonomie, mais le temps de trouver la juste mesure, il faut maintenir les soutiens financiers. »
Daouda Yansané