Depuis près de six mois, le gouvernement guinéen a choisi le silence comme stratégie unique dans l’un des différends d’investissement les plus lourds de conséquences de ces dernières années. Depuis la révocation unilatérale du permis minier d’Axis Minerals en mai 2025, les autorités ont ignoré chaque lettre, chaque demande d’éclaircissement et chaque invitation au dialogue, selon des sources proches de l’entreprise. Ce silence résonne désormais bien au-delà de Conakry — dans les milieux juridiques, parmi les investisseurs et au sein de la communauté minière mondiale.
Une révocation sans fondement
Le 14 mai 2025, le permis d’Axis Minerals a été soudainement révoqué — sans avertissement, explication ni transparence. L’entreprise, pleinement conforme à la réglementation guinéenne, a immédiatement sollicité des éclaircissements, selon des sources proches du dossier. Depuis, aucune de ses communications n’a reçu de réponse, et les autorités n’ont fourni aucune justification à la révocation.
Même lorsqu’Axis Minerals a proposé une résolution amiable pour éviter une escalade, le gouvernement est resté silencieux, selon des documents judiciaires.
Face à cette absence totale d’engagement, Axis Minerals a déposé une demande formelle pour contraindre l’État à participer à un arbitrage à New York — garantissant que le différend ne puisse être enterré ni ignoré. Toutefois, les documents publics de la United States District Court for the Southern District of New York indiquent que la Guinée n’a pas répondu avant l’échéance fixée au 31 octobre 2025.
Les observateurs juridiques sont stupéfaits. « Les gouvernements ne se taisent que lorsqu’ils n’ont rien à dire », explique un expert en arbitrage international. « Le silence en dit long. »
Un silence perçu comme un signe de faiblesse
Le silence de la Guinée n’est pas seulement une erreur juridique ; c’est une faute stratégique. Chaque lettre ignorée et chaque délai dépassé renforcent l’impression que les autorités ne prennent pas les préoccupations des investisseurs au sérieux ou qu’elles n’ont aucune défense juridique cohérente pour justifier leurs actes.
Dans le secteur minier mondial — où la confiance, la prévisibilité et le respect des procédures déterminent l’investissement — cela peut être fatal. Comme l’a résumé un conseiller minier basé à Londres :
« Les investisseurs peuvent gérer le risque. Ce qu’ils ne tolèrent pas, c’est la révocation massive de permis sans aucune procédure contradictoire ni explication. À terme, cela risque de repousser le capital plutôt que de l’attirer. »
La réputation de la Guinée mise à l’épreuve
Le différend soulève désormais des interrogations plus larges sur la manière dont la Guinée prend des décisions d’investissement à enjeux élevés. L’absence d’explication publique alimente inévitablement des spéculations sur la capacité institutionnelle, la coordination interne et d’éventuels motifs sous-jacents.
Lorsqu’un gouvernement reste silencieux, les investisseurs réévaluent leurs hypothèses de risque, les marchés réagissent et les capitaux se dirigent vers des environnements plus prévisibles. En ce sens, le silence n’offre aucune protection ; il devient un argument supplémentaire contre la fiabilité du gouvernement.
Axis Minerals promet de poursuivre son combat juridique
Axis Minerals poursuit ce différend par des voies reconnues, transparentes et conformes au droit international. L’entreprise affirme qu’elle continuera à défendre ses droits — fermement, légalement et sans relâche. Selon une source proche de la société, « l’état de droit ne cesse pas de s’appliquer parce qu’un gouvernement choisit de ne pas répondre à son courrier. Le silence ne mettra pas fin à ce différend. »
Par Aliou Barry, expert en droit des affaires internationales, Paris et Conakry