Emergence – En Guinée, la circulation de l’argent et la compréhension du système financier ne passent pas toujours par les canaux officiels. Pour certains analystes, une grande partie de la réalité économique se lit davantage dans les marchés populaires que dans les statistiques des institutions publiques.
Le franc guinéen reste une monnaie essentiellement nationale. Contrairement au dollar, à l’euro ou encore au franc CFA, il est très peu utilisé en dehors des frontières du pays. Cette situation limite son rôle dans les transactions internationales et renforce la dépendance aux devises étrangères.
Par ailleurs, l’économiste Alhassane Makanéra Kaké estime que pour comprendre la véritable dynamique financière du pays, il faut parfois regarder au-delà de la Banque centrale et des banques commerciales. Selon lui, le grand marché de Madina, à Conakry, constitue l’un des principaux centres informels de circulation des capitaux.
Dans cet espace commercial, les transactions en devises et les échanges de liquidités sont fréquents. Ce professeur des finances publiques affirme même qu’il est souvent plus facile d’y trouver des montants importants en espèces qu’au sein du système bancaire classique. Cette situation traduit une méfiance persistante d’une partie des opérateurs économiques vis-à-vis des institutions financières formelles.
« L’argent se dirige vers les endroits où il est le mieux traité », explique le spécialiste du secteur Makanéra. Lorsque les opérateurs ne trouvent pas suffisamment de confiance, de rapidité ou de flexibilité dans les banques, ils se tournent naturellement vers des circuits alternatifs.
Cette réalité soulève toutefois une question majeure : comment réintégrer ces importantes masses de liquidités dans le système financier officiel afin de financer l’économie et renforcer la transparence ?
Pour l’économiste Kaké, la réponse passe par une amélioration de la gouvernance des finances publiques et du fonctionnement des institutions financières. « Depuis les années 1980, la Guinée a engagé plusieurs programmes de réformes économiques et financières, notamment à travers différentes phases du Programme de réformes économiques et financières (PREF). Cependant, certains experts estiment que les structures fondamentales du système budgétaire et financier ont peu évolué ».
Dans ce contexte, a-t-il, ajouté, la question de l’inflation reste également au cœur des débats. Après avoir dépassé 10 % par le passé, l’inflation en Guinée se situerait aujourd’hui autour de 3,8 %, un niveau considéré comme relativement modéré dans la sous-région. « Cette marge pourrait permettre d’accompagner une politique économique plus dynamique sans provoquer une hausse excessive des prix ».
Néanmoins, les inquiétudes persistent quant à la solidité de l’écosystème financier. Si l’activité économique ralentit à la base notamment dans les marchés et les petites entreprises l’ensemble du système pourrait en ressentir les effets.
Face à ces enjeux, plusieurs voix appellent à des réformes plus profondes, notamment en matière de gestion budgétaire, de confiance dans les institutions financières et d’intégration de l’économie informelle dans les circuits officiels.
Pour cet observateur, la clé reste la même : une gouvernance financière plus efficace et plus transparente afin de mobiliser pleinement les ressources nationales et soutenir le développement économique du pays.
Decryptage de Daouda Yansané