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Guinée : 300 nouveaux enseignants-chercheurs intègrent les universités 

Le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique a procédé, ce 3 mars 2026, à l’accueil officiel de la deuxième cohorte de 300 enseignants-chercheurs et chercheurs, lors d’une cérémonie placée sous le patronage du Premier ministre. Objectif : renforcer durablement l’écosystème académique guinéen et soutenir la transformation qualitative de l’enseignement supérieur.

Après une première vague de recrutements en octobre 2024, cette nouvelle intégration porte à 450 le nombre de docteurs recrutés en moins de deux ans, un chiffre inédit dans l’histoire universitaire du pays.

Un engagement solennel envers la mission universitaire

Prenant la parole au nom des institutions d’accueil, le recteur de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, Pr Alpha Kabinet Doumbouya, a rappelé la portée symbolique et stratégique de cette intégration.

« Entrer à l’université publique n’est pas simplement obtenir un poste. C’est accepter une mission : transmettre le savoir, produire de la connaissance scientifique et servir la nation », a-t-il déclaré devant les nouveaux recrues.

Il a insisté sur les responsabilités qui attendent ces enseignants-chercheurs : présence active dans les amphithéâtres face à des milliers d’étudiants, implication dans les laboratoires pour consolider la crédibilité scientifique, et participation aux espaces de réflexion stratégique où se dessine l’avenir du pays.

Pour le recteur, ces recrutements successifs traduisent une volonté politique claire de faire de l’enseignement supérieur un levier stratégique de développement. Il a invité les nouveaux arrivants à cultiver l’exigence intellectuelle, l’éthique, la performance et l’esprit d’équipe afin d’accroître le rayonnement des universités guinéennes.

« Un acte politique fort », selon le ministre

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Dr Diaka Sidibé, a qualifié cette intégration d’« acte politique fort » et de « choix stratégique du gouvernement ».

Selon lui, le système universitaire guinéen fait face à une croissance rapide des effectifs étudiants, à une montée en puissance des cycles de master et de doctorat, ainsi qu’à une exigence internationale accrue en matière de qualité scientifique.

« Pendant longtemps, nous avons fonctionné avec moins de 10 % d’enseignants de rang magistral et une capacité limitée à mobiliser des financements compétitifs », a-t-il rappelé.

Les premiers résultats de la cohorte recrutée en 2024 seraient encourageants : un score moyen de performance proche de 78 %, plus de la moitié des enseignants évalués satisfaisants ou excellents, et un volume d’heures d’enseignement supérieur aux obligations statutaires. Des indicateurs qui, selon le ministre, ont contribué à réduire les vacances de cours et à améliorer la stabilité des programmes.

Mais il prévient : « Le temps du recrutement sans redevabilité est terminé. » Désormais, chaque enseignant-chercheur disposera d’un cahier des charges précis. Les activités d’enseignement, d’encadrement et de recherche devront être documentées et évaluées régulièrement.

Parmi les priorités fixées : la réduction des délais de soutenance des doctorants, l’obligation d’au moins un article publiable par doctorant avant la soutenance, la structuration effective des écoles doctorales et l’alignement des recherches sur les priorités nationales, notamment dans l’agriculture, l’industrie minière et l’énergie.

Une vision panafricaine portée par le Premier ministre

Clôturant la cérémonie, le Premier ministre Bah Oury a salué les résultats probants de la première cohorte, qui ont motivé la poursuite du programme.

Il a inscrit cette dynamique dans une perspective historique, évoquant les premières années de l’indépendance où des intellectuels africains et internationaux avaient contribué à bâtir la jeune République de Guinée.

Selon lui, l’ouverture actuelle aux compétences africaines et internationales constitue « une révolution » et marque la volonté du pays de refonder son système éducatif en investissant massivement dans le capital humain.

« Former des hommes et des femmes de qualité capables d’assurer le leadership est un processus long. Mais détruire un cerveau ne prend qu’un instant », a-t-il souligné, appelant à dépasser les frontières nationales pour mutualiser les compétences en Afrique de l’Ouest.

Dans un contexte de forte ambition économique, avec l’objectif d’atteindre durablement des taux de croissance à deux chiffres, le chef du gouvernement estime que la réussite de cette transformation passe d’abord par la formation d’une élite compétente et engagée.

Avec cette deuxième cohorte, les autorités guinéennes confirment ainsi leur volonté de faire de l’université un pilier central du développement et de l’intégration régionale.

Daouda Yansané