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Fiscalité minière : la Guinée accueille un atelier régional sur la mobilisation des recettes dans les industries extractives

La Guinée accueille cette semaine un important atelier régional consacré au renforcement des capacités des administrations fiscales ouest-africaines en matière de contrôle fiscal et d’échange d’informations dans le secteur extractif.

L’événement, organisé par le Forum des administrations fiscales ouest-africaines (FAFOA), avec l’appui de la Banque mondiale, rassemble des experts venus de 15 pays membres, ainsi que des partenaires techniques et financiers.

Dans son discours de bienvenue, la directrice générale des impôts de Guinée, représentant le ministre du Budget, a salué la tenue de cette rencontre à Conakry. Elle a souligné le rôle stratégique du secteur extractif dans la mobilisation des ressources intérieures. « Malgré son immense potentiel, le secteur extractif reste difficile à encadrer fiscalement, en raison de sa complexité technique et des pratiques d’évasion. Ce cadre d’échange d’expériences est donc essentiel pour définir ensemble des stratégies innovantes », a-t-elle déclaré.

Un enjeu de gouvernance et de souveraineté économique

Le Secrétaire exécutif du FAFOA, Jules Tapsoba, a rappelé l’historique de l’organisation depuis sa création en 2011 et son engagement à appuyer les États membres dans l’élaboration de politiques fiscales adaptées.

« Les pertes de recettes fiscales dans le secteur extractif sont dues à la complexité des structures d’entreprises, aux montages financiers opaques, mais aussi à l’insuffisance de mécanismes d’échange de données », a-t-il expliqué.

Il a également salué l’engagement constant de la Guinée au sein du Conseil du FAFOA, notamment à travers l’action de Mme Diallo Fatoumata.

Partenaire stratégique de l’atelier, la Banque mondiale a réaffirmé son soutien au renforcement de la gouvernance fiscale dans les pays de la région. Son représentant a exprimé sa solidarité avec les victimes des récentes inondations en Guinée, avant de souligner l’importance d’un meilleur encadrement des revenus miniers :

« Le secteur minier représente des milliards de dollars de recettes potentielles pour nos États. Une meilleure fiscalisation est donc vitale pour nos économies », a mentionné le représentant de la banque mondiale en Guinée.

Le ministre du Budget a salué les réformes engagées par les autorités guinéennes sous la conduite du général Mamadi Doumbouya. Parmi celles-ci : la création d’une Direction des mines au sein de la Direction générale des impôts, la signature des contrats miniers sur le territoire national, et la volonté affichée d’assurer un meilleur retour des recettes minières au peuple guinéen.

« Fini le temps où des contrats étaient signés à l’étranger sans tenir compte des intérêts de la République de Guinée », a déclaré le ministre  du Budget Facinet Sylla.

Pour les autorités guinéennes, l’enjeu n’est pas seulement de collecter davantage, mais de réorienter les ressources vers les priorités nationales, telles que l’agriculture et les infrastructures. La Guinée ambitionne également d’abriter le siège de l’Institut des Mines Continentales, un projet stratégique visant à concentrer les compétences régionales en matière de gouvernance minière.

Durant cinq jours, les participants échangeront sur les meilleures pratiques en matière de fiscalité extractive : audit fiscal basé sur les risques, contrôle des prix de transfert, maîtrise des conventions minières, suivi des paiements de l’impôt sur les sociétés, et partage d’informations fiscales. L’objectif est de formuler des recommandations concrètes pour harmoniser et renforcer les mécanismes de contrôle fiscal dans la sous-région.

« Cet atelier ne doit pas être une simple formalité. Il s’agit de renforcer la souveraineté économique de nos États en assurant un meilleur partage des richesses tirées du sous-sol africain », a affirmé un responsable du ministère guinéen du Budget.

Depuis le 5 septembre 2021, la Guinée a amorcé un tournant stratégique, selon les mots du Premier ministre Amadou Oury Bah. Le pays refuse désormais de se contenter d’un rôle d’exportateur de matières premières. L’objectif est clair : industrialiser localement, créer de la valeur ajoutée et asseoir une réelle souveraineté économique.

« Ce changement de cap n’est pas dicté par une impulsion émotionnelle, mais par une vision cohérente, construite sur la volonté ferme de mieux valoriser les richesses que Dieu nous a données », a-t-il affirmé.

Dans cette dynamique, l’atelier organisé par le FAFOA s’inscrit comme un maillon essentiel des réformes fiscales et extractives en cours. Il vise à renforcer la gouvernance du secteur, en misant sur la mutualisation des savoirs et la coopération régionale.

Le Premier ministre a par ailleurs rappelé que les ministères en charge du Budget et de l’Économie sont mobilisés pour identifier, d’ici 2026, toutes les recettes fiscales potentielles dans le secteur minier encore sous-exploitées.

« La Guinée est un pays minier, certes, mais elle est aussi potentiellement un grand pays agricole. Pour cela, nous devons utiliser les revenus miniers pour bâtir un secteur agricole durable et performant », a-t-il déclaré.

Un appel à l’unité régionale et à l’excellence

Le chef du gouvernement a également plaidé pour que le siège de l’Institut des Mines Continentales soit établi en Guinée. Il considère que cette institution pourrait devenir un véritable pôle d’excellence pour l’Afrique de l’Ouest, favorisant la formation, la recherche et l’innovation en matière de gouvernance des ressources naturelles.

Enfin, il a exhorté les participants à faire de cette rencontre un cadre d’échanges constructifs et porteurs d’impacts concrets pour la région.

« C’est ainsi que nous pourrons bâtir, de manière structurée, une souveraineté économique fondée sur la maîtrise de nos ressources », a-t-il conclu.

Daouda Yansané