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Finances publiques : Conakry devient la capitale de l’analyse macrobudgétaire africaine

Emergence-Depuis ce lundi 16 février 2026, Conakry, la capitale guinéenne, est l’hôte d’un important séminaire interrégional de haut niveau sur l’analyse macrobudgétaire sous le thème : « Cadres budgétaires et dépenses à moyen terme : défis liés à leur élaboration et à leur intégration dans le cycle budgétaire pour renforcer la soutenabilité des finances publiques ».

Cette rencontre, qui rassemble des experts du FMI et des décideurs de dix-neuf pays africains, place la Guinée au cœur des réformes dites de « seconde génération ». Ces réformes ambitionnent de transformer la gestion budgétaire en un moteur essentiel pour une croissance plus équitable.

Désormais, la transparence et la prévisibilité des finances publiques ne sont plus de simples choix, mais des exigences fondamentales pour la souveraineté économique. Tel est le message clé qui a marqué l’inauguration officielle de ce Séminaire interrégional à Conakry. L’événement a attiré une assemblée prestigieuse, comptant parmi elle la Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, le Ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, ainsi que des représentants du FMI, de l’Union européenne, du PNUD et des centres AFRITAC.

Vers une gestion pluriannuelle : rompre avec le cadre strict de l’annualité

La notion rigide d’un budget strictement annuel s’estompe progressivement, cédant la place à une approche axée sur le long terme. Pour les spécialistes présents à Conakry, le défi majeur est d’ancrer durablement les Cadres de Dépenses à Moyen Terme (CDMT).

Suivant les préconisations du FMI, le budget de l’État doit dorénavant se fonder sur des projections macroéconomiques solides et étayées, afin d’établir un parcours prévisible pour les revenus et les dépenses. Cet essor de la fonction macrobudgétaire poursuit un but précis : consolider la rigueur fiscale et la crédibilité des nations face aux aléas extérieurs, dont la fréquence s’accroît.

Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget : Mariama Ciré Sylla

 

« Le cadrage macrobudgétaire est au cœur même de la viabilité des finances publiques et de la crédibilité des politiques de développement », a souligné avec force la Ministre guinéenne de l’Économie, Mariama Ciré Sylla.

Le défi de la « Transformation Structurelle » et l’effet Simandou

Pour la Guinée, ce séminaire va bien au-delà d’un simple exercice théorique. Il s’insère dans un moment décisif de son parcours économique. Avec le Programme Simandou 2040, qui prévoit près de 200 milliards de dollars d’investissements, la gestion de ses finances publiques doit indéniablement se hisser à un niveau supérieur.

La Ministre Sylla, a rappelé que la réussite de ce programme, destiné à créer plus de 100 000 emplois directs et indirects, nécessite une planification budgétaire apte à :

– Harmoniser les seuils de dépenses avec les orientations nationales ;

– Prévoir les revenus fiscaux significatifs provenant de l’exploitation minière ;

– Maîtriser la dette avec prudence afin de prévenir le piège de la « maladie hollandaise ».

Vers une gouvernance de « Seconde Génération »

Malgré les avancées notables (avec la création du Comité de politique budgétaire en 2017 et l’élaboration d’un manuel de procédures en 2022), des défis de taille demeurent pour le gouvernement guinéen. Le but essentiel des travaux de cette semaine sera de métamorphoser les CDMT en véritables instruments d’orientation stratégique, et non plus de simples documents administratifs.

La confiance des investisseurs internationaux et des partenaires techniques (PTF) est à ce prix. En accueillant ce séminaire d’échanges entre pays francophones, lusophones et hispanophones, la Guinée confirme sa volonté affirmée de s’imposer comme un modèle de solidité budgétaire en Afrique de l’Ouest.

Naplèlon