Le mouvement espère atteindre un million de participants pour faire pression sur le gouvernement et les fournisseurs d’énergie afin d’obtenir une réduction des prix.
La grogne monte au Royaume-Uni. Face à l’explosion des prix de l’énergie, un mouvement baptisé « Don’t pay UK » exhorte les citoyens britanniques à ne pas régler leurs factures de gaz et d’électricité à partir du mois d’octobre, rapporte le Guardian.
La date n’a pas été choisie au hasard. La plafond des notes de gaz et d’électricité fixé par le régulateur outre-Manche passera en effet de 1971 livres à 3300 livres par an au 1er octobre, après une hausse déjà spectaculaire de 54% en avril dernier. Et la flambée pourrait se poursuivre avec une augmentation à 4400 livres en janvier et 4700 en avril 2023, selon certains analystes.
A travers cette opération, le mouvement « Don’t pay UK » espère faire pression sur le gouvernement et les opérateurs énergétiques afin d’obtenir une réduction des prix à un niveau plus soutenable. « Pour que cela fonctionne, nous visons la participation d’un million de personnes », précise le groupe sur son site internet. « C’est le nombre dont nous avons besoin pour avoir un pouvoir sérieux face aux compagnies d’énergie et au gouvernement qui se moquent de nous ». Mais « Don’t pay UK » est encore loin du compte: il revendique pour l’heure 92.280 participants.
Mise en garde des associations
Dans le cas où le million d’adhérents serait atteint, « les adhérents s’engagent à annuler leur versement automatique le 1er octobre », poursuit le mouvement. Avant de rappeler que « le non-paiement de masse n’est pas une idée nouvelle, cela s’est produit au Royaume-Uni à la fin des années 80 et 90, lorsque plus de 17 millions de personnes ont refusé de payer la Poll Tax (…) », ce qui avait en partie contribué à faire tomber le gouvernement de Margaret Thatcher.
Citizens Advice, une organisation indépendante qui vient en aide aux Britanniques confrontés à des problèmes juridiques, de dettes, de consommation ou de logement, affirme que de plus en plus de clients ne sont plus en mesure de recharger leur compteur à prépaiement. Elle a également souligné qu’un nombre record d’utilisateurs n’avaient plus les moyens de faire marcher leur réfrigérateur ou chauffer leurs plaques de cuisson.
Pour autant, l’association caritative Stepchange a mis en garde contre le non paiement de ses factures énergétiques. Les notes de gaz et d’électricité sont en effet considérées comme des factures prioritaires. Si elles ne sont pas réglées, le fournisseur d’énergie peut faire appel à une agence de recouvrement de créances ou encore obtenir un mandat du tribunal pour imposer l’installation d’un compteur à prépaiement.
Un choc énergétique qui accroît les inégalités
En l’absence de bouclier tarifaire, les premières victimes de la flambée des prix de l’énergie outre-Manche sont les ménages les plus modestes, ces derniers consacrant une part plus importante de leur budget à ce poste de dépenses. Une récente étude du FMI relayée par Le Monde montre que ce choc énergétique avait pour conséquence une hausse du coût de la vie de 16% pour les 20% de foyers britanniques les plus fragiles, contre une augmentation de 7% pour les 20% de foyers les plus riches. Hormis l’Estonie, aucun pays étudié n’affiche un écart aussi important.
Le Royaume-Uni fait aujourd’hui face à l’une des plus grandes crises du coût de la vie depuis des décennies. L’inflation y a atteint 9,4% en juin, et devrait s’établir à plus de 13% en octobre, selon la Banque d’Angleterre.