Dans l’industrie minière mondiale, rares sont les juridictions qui offrent autant de potentiel – et, de plus en plus, autant de risques – que la Guinée. Elle détient les plus grandes réserves de bauxite au monde, essentielles à la production d’aluminium, et fournit près d’un tiers de la demande mondiale.
Les récentes actions du gouvernement à l’encontre d’acteurs miniers majeurs, culminant avec l’expropriation de Guinea Alumina Corporation (GAC) le mois dernier, jettent le doute sur la sécurité des investisseurs et sur la capacité de la Guinée à transformer sa richesse minérale en développement durable.
Depuis mai, le gouvernement a révoqué plus d’une centaine de licences et permis miniers, et le processus se poursuit. Début août, le gouvernement a annulé le titre minier de GAC par un décret présidentiel lu en direct à la télévision nationale, qui ne semble jamais avoir été formellement publié. « Sans publication, un acte juridique n’existe pas », a commenté un avocat guinéen familier du code minier. Quelques jours après l’annonce, des employés de GAC – depuis licenciés – ont signalé que l’armée avait été déployée sur le site, contraignant le personnel restant à partir. En quelques jours, une nouvelle entité publique – Nimba Mining Company – a accaparé les actifs de GAC, d’une valeur de plusieurs milliards de dollars. La rapidité et l’opacité de ces développements ont déstabilisé les parties prenantes.
Nimba Mining Company a été créée sans explication ; son statut juridique est flou et sa capacité technique et financière reste incertaine. D’anciens employés de GAC auraient été incités à rejoindre l’entité sans contrats formels, et beaucoup s’interrogent sur sa viabilité. « C’est une coquille vide. Pas de plan, pas d’équipement, pas de financement », a déclaré un ex-employé de GAC à Kamsar. Ces inquiétudes ne sont pas infondées : partout en Afrique, les reprises par l’État d’actifs miniers complexes se traduisent souvent par une baisse de production et une accumulation de pertes, du cuivre en Zambie au fer en RDC. La question centrale est de savoir si la Guinée saura définir une nouvelle trajectoire durable ou bien retombera dans le cycle d’inefficacités liées à la gestion étatique.
L’histoire de GAC est saisissante : près de deux millions de tonnes de bauxite restent en stock, conséquence de la suspension des opérations de la société imposée par le gouvernement fin 2024. Plus de vingt années d’investissements soutenus semblent avoir été, de fait, reprises par l’État.
Pour la Guinée, les coûts réputationnels dépassent largement ce cas isolé. Gérer des opérations nécessitant d’importants capitaux sans compromettre la production et l’efficacité constituera un défi majeur pour l’État. La confiance des investisseurs a déjà été entamée par la crainte que des actifs puissent être transférés ou saisis sans recours. De même, les partenaires internationaux – prêteurs, entreprises d’infrastructures et acheteurs de matières premières – sont susceptibles d’examiner avec plus d’attention la fiabilité d’une juridiction qui agit en dehors de ses propres cadres établis.
« Les partenaires étrangers comprennent le risque », a noté un économiste guinéen proche du dossier. « Ce qu’ils peinent à accepter, c’est l’incertitude sans règles. »
Le cas de GAC n’est pas isolé. Rio Tinto, Axis Minerals et Falcon ont tous fait l’objet d’interférences brutales de la part du gouvernement, d’annulations de permis ou de renégociations opaques. Chaque incident sape l’image de la Guinée en tant que partenaire prévisible et soulève des questions sur la sécurité des investissements à long terme.
La volonté de la Guinée d’accroître la valeur ajoutée locale et la création d’emplois n’est pas illégitime, mais la crédibilité de telles politiques dépend en dernier ressort de leur exécution conforme au droit. L’affaire GAC se distingue non seulement par l’ampleur des investissements – plus de 2 milliards de dollars – et des infrastructures en jeu, mais aussi parce que l’approche musclée et militarisée du gouvernement est restée sans contestation de la part des partenaires bilatéraux et multilatéraux au développement. Des milliards de dollars, des milliers d’emplois et des infrastructures d’exportation cruciales se trouvent désormais dans l’incertitude.
Dans ce contexte, la possibilité de nouvelles actions unilatérales – telles que des expropriations, des révocations de titres ou des déploiements militaires – soulève de sérieuses interrogations pour les partenaires au développement. Ces derniers devront peser ces risques avec attention lorsqu’ils évalueront leurs financements et leur soutien à la Guinée.
Charles Agbo