Face à la crise persistante de liquidités qui frappe le système bancaire guinéen, la Banque centrale du pays réfléchit à une réforme majeure : l’introduction d’un nouveau billet de banque d’une valeur supérieure à 20 000 francs guinéens, actuellement la plus grande coupure en circulation.
L’annonce a été faite par le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, à l’occasion de la présentation du rapport du FMI sur les perspectives économiques régionales de l’Afrique subsaharienne. Il a justifié cette mesure par l’évolution démographique et économique rapide du pays.
« L’activité a quadruplé, la population a presque doublé, mais la plus grosse coupure est restée la même », a-t-il fait remarquer, chiffrant le passage du PIB national de 8 à près de 25 milliards de dollars en dix ans, tandis que la population est passée de 9 à 13 millions d’habitants.
Selon lui, le billet de 20 000 GNF, qui vaut à peine deux euros ou deux dollars, ne répond plus aux exigences de l’économie actuelle. Cette faible valeur nominale complexifie les transactions importantes et alourdit considérablement la logistique bancaire, notamment en matière de transport, de stockage et de traitement des espèces.
« Un milliard de billets de 100 francs, ça remplit une salle entière. Et personne ne s’en sert », a illustré le gouverneur, pointant l’inefficacité des petites coupures.
L’introduction d’un billet de plus forte valeur permettrait ainsi de faciliter les échanges, d’améliorer le confort des usagers et de réduire les coûts pour les institutions financières. Une telle réforme s’inscrit également dans une stratégie plus large de modernisation du système monétaire national, qui pourrait contribuer à renforcer la bancarisation et la confiance dans la monnaie nationale.
Cependant, M. Kaba reste conscient des défis d’acceptation d’une telle mesure dans un pays où l’usage du cash est profondément enraciné :
« Je sais qu’en Guinée, ce n’est pas facile. Mais il faut qu’on commence à se poser cette question. »
Avec cette proposition, la Banque centrale relance un débat crucial sur l’adaptation de l’outil monétaire aux réalités économiques du pays, dans un contexte de pression inflationniste, de faible inclusion financière et de montée en puissance du secteur informel. Les prochains mois pourraient être décisifs dans l’orientation que prendra la politique fiduciaire guinéenne.
Daouda Yansané