Les Économistes disent que ‘’la monnaie est comme le sang dans l’économie’’. Une surabondance ou une pénurie entraine des conséquences rapides sur la santé des individus et de l’économie en général.
Une circulation rapide ou une circulation trop lente du sang dans le corps humain et donc comme dans l’économie nationale engendre des conséquences graves sur le bilan médical des personnes. Pour que le sang circule il faut naturellement des voies qui sont dégagées, ce que les Médecins appellent les Veines. Une veine obstruée empêche ou retarde la circulation du sang qui doit arriver à l’esprit en passant par le groupe électrogène qui est le cœur.
Pour le cas de notre pays, il est inutile de dire que cette situation est inédite et présente des conséquences sévères sur l’économie et la vie de tous les ménages et les entreprises publiques ou privées. Une rareté de la monnaie dans un contexte d’une économie en développement peut entrainer une contraction de la consommation des agents économiques et de l’investissement. Toute chose égale par ailleurs, cette situation peut avoir des impacts négatifs sur la croissance du Produit Intérieur Brut.
A l’évidence des constats, notre pays vit sa première crise de liquidité après les années 80 et il n’existe aucune prise de la gravité de la situation. Le Premier Ministre entant qu’ancien Employé de Banque s’y est essayé mais n’y arrive pas.
Le Vice-Gouverneur à son tour et à la place du Gouverneur vient annoncer devant les Dirigeants de Banques Commerciales que seulement 6% des espèces retournent dans le circuit bancaire. Mais il ne dit pas où est parti les 94% de la masse monétaire de notre pays. C’est une surprise qui n’a pas été partagée avec la Primature d’après le constat de la Banque des Banques. Au Ministère des Finances, Silence radio.
Devant ces propos du sexagénaire expérimenté, un Audit ponctuel et séparé s’impose rapidement dans ce cas pour nous éviter des surprises ultérieures car le Rapport Annuel du Commissaire aux Comptes de l’année 2024 ne semble pas être disponible au moment où nous écrivons cette contribution. Seul le Rapport du Commissaire aux Comptes de l’année 2022 est disponible sur le site de la Banque Centrale.
Un Problème appelle un autre Problème. Une Pénurie appelle une autre Pénurie. L’on se rappelle et vit encore la rareté du Ciment dans les chantiers de notre pays. Quelle est la prochaine pénurie ? Les Économistes peuvent tabler sur une prochaine rareté des devises qui entrainerait certainement une petite inflation qui viendrait rogner les marges de manœuvres budgétaires récemment obtenues au forceps. Sans compter sur l’asséchement des fonds dans les banques pour faire face à la demande de produits pétroliers.
Ou simplement, une pénurie vient masquer une problématique. L’on pourrait se laisser aller dans les spéculations récentes qui vont bon train en gardant à l’esprit le phénomène de la dette cachée d’un pays voisin qui a du mal en ce moment à refaire sa santé financière avec les Partenaires Techniques et Financiers dont le Fonds Monétaire International en premier.
Il n’existe quasiment pas de solutions pour arrêter ce tarissement des veines de l’économie nationale. Des files d’attentes inacceptables sont enregistrées devant les guichets des banques. Un système de rationnement des retraits dans les banques est mis en place en violation du droit d’accès à ses biens, ce qui rappelle une économie planifiée, vient asphyxier les agents économiques à Conakry et à l’intérieur du pays. Une pression anormale est ainsi placée sur les banques, leur personnel et les installations de guichets de retrait de fonds.
A cette allure, les principales Banques n’hésiteront pas à mettre fin à cette douleur financière qui est à l’opposé des chiffres de rentabilité jamais égalée en Guinée.
En même temps, nous enregistrons une hausse des dividendes dans la quasi-totalité des Banques de la place ces deux dernières années. Il s’agit d’une incohérence notoire. Des Banques qui distribuent des dividendes importants dans un pays sans liquidité.
Une Banque Centrale qui prélève des revenus sur les mouvements de fonds effectués par les Banques primaires. Une deuxième incohérence que les locataires du Bâtiment chic et flambant neuf ont du mal à faire passer dans l’opinion économique et financière. C’est apparemment une première en Guinée, le seul pays francophone de la sous-région qui est en dehors de la zone CFA.
Avec l’ouverture des classes et des écoles, le référendum constitutionnel qui arrive doucement, la fermeture de la société minière émiratie GAC, la dette intérieure, le ralentissement de la mobilité urbaine du fait de la saison pluvieuse, nous n’avons certainement pas fini de chasser le franc guinéen dans les rues en chantier de la capitale. Après ces constats, il est possible cependant de mettre fin à cette dérive monétaire et financière qui va coûter à la Guinée des points de PIB (Produit Intérieur Brut) dans les résultats de la croissance de l’année 2025. Il serait illusoire de croire que l’importation massive et en urgence de containers de francs guinéens pourrait résoudre le problème de manière durable. Les mêmes proportions évoquées par le Vice-Gouverneur reviendront par les mêmes raisons de la logique implacable du marché monétaire. Les nouveaux billets injectés reprendront le même circuit des 6% évoqué par les Autorités de la Banque Centrale. Une urgence monétaire doit être appelée comme il avait été fait pour l’urgence de la pandémie du COVID.
Premièrement, les impacts du Projet Minier de Simandou ne sont pas à ignorer dans cette anomalie monétaire. Il serait important de quantifier les impacts de cet important IDE (Investissement Direct Étranger) qui vient modifier ou déranger les fondamentaux de notre économie. Une bonne partie de la masse monétaire de notre pays est en ce moment drainée et orientée vers les zones du Projet minier qui connaissent un faible taux de couverture bancaire. Une bonne partie des transactions est effectuée en espèce.
La base du Programme Simandou 2040 est assise sur les revenus minier du projet Simandou, dans ce cas, une revue et une correction rapide du Programme décliné à l’horizon 2040 devient une nécessité pour nous éviter des surprises monétaires avant le chargement de la première cargaison de fer dans le courant probablement de l’année prochaine.
Deuxièmement, les impacts de la dérive fiscale de la mobilisation des recettes initiée par la Direction Générale des Impôts (DGI) a poussé une bonne partie des Opérateurs Économiques à retirer leurs avoirs des caisses des banques de la place. La vitesse et la violence fiscale de ces derniers 15 mois a entrainé certainement une réaction des Opérateurs Économiques qui ont réagi ainsi afin de protéger, selon eux, leur Business et les emplois.
On peut également se rappeler des convocations de la Gendarmerie Nationale qui ont obligé certains Contribuables à payer cash. Ces actions ont des conséquences claires sur le ressentiment des Contribuable traumatisés par cet exercice inédit de la mobilisation des recettes fiscales. En Économie, les actions des gouvernants ont un effet cyclique, c’est-à-dire, les décisions que nous prenons aujourd’hui produisent des effets dans le court et moyen terme.
Sur le même plan, les services de la Banques Centrale n’ont pas alerté sur la baisse tendancielle progressive des dépôts dans les banques commerciales. La variation significative des stocks de dépôt de la clientèle constitue un critère de performance de monitoring du risque systémique dans une économie organisée.
Un arrêt programmé des actions intrusives de la DGI est souhaitable pour rétablir la confiance envers les contribuables. Mais malheureusement ceci va contracter à la baisse les prévisions de recettes fiscales dans un contexte de rareté des accompagnements budgétaires. Nous sommes en transition.
Troisièmement, il existe en ce moment une opportunité de normaliser le marché parallèle des changes qui est devenu la seconde Banque Centrale de notre pays. Des individus sans immatriculation et sans formation ont fini par détenir les clefs de la monnaie de notre pays.
Vous pouvez monnayer le montant en devise étrangère que vous souhaitez sans aller dans une Banque de la place. Ceci devient la norme dans notre pays.
Quatrièmement, et je vais m’arrêter là pour le moment, le marché immobilier vient creuser la demande de monnaie. Nous assistons récemment à l’arrivée massive des Sociétés de construction immobilière dans notre pays. Il me semble important d’appuyer la réglementation sur les moyens de paiement utilisés dans ce domaine pour réduire le taux d’utilisation des espèces. Une action des Notaires pourrait être salutaire.
Pour revenir à la monnaie qui est comme le sang de l’économie, une urgence monétaire semble nécessaire en Guinée. Elle passe par la prise de parole au plus haut sommet de l’Etat et de son Pool Financier pour rassurer et garantir la stabilité du système macroéconomique. Il devient urgent de parler avec les pourvoyeurs de fonds comme les sociétés pétrolières, le secteur informel, le Patronat, la Chambre des Mines, la Chambre des Orpailleurs (considérée comme l’un des plus gros utilisateurs de fonds en espèces).
Il devient également important d’engager les échanges avec l’autre Patronat, c’est-à-dire celui qui a décidé de retirer ses fonds du circuit bancaire pour des raisons fiscales ou politiques. En économie, on n’attend pas. Dans une autre contribution, nous évoquerons les bienfaits de la monnaie électronique qui est un véritable moyen de dématérialisation des moyens de paiement ainsi que de la nécessité de la réglementation des gros paiements des entreprises publiques et privées. En attendant cette attente, nous filons subir le rationnement des décaissements dans les banques et les guichets et appeler ‘’Koto Alpha’’ pour échanger le Dollar qui est en ce moment autour de 9 150 FG.
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Moud Barry
Expert Dirigeant Consultant OAG – Observatoire des Affaires de Guinée