La Banque centrale de la République de Guinée est engagée depuis une décennie dans des réformes structures qui donnent aujourd’hui des résultats très encourageants.
Pour le Gouverneur de la BCRG Dr Louncény Nabé, l’un de ces résultats positifs constitue la stabilité du Franc guinéen. La monnaie guinéenne se porte bien. Beaucoup mieux que les monnaies d’autres pays. Selon ce fin connaisseur des questions monétaires et financières de la Guinée, acteur privilégié des discussions entre l’Etat guinéen et ses partenaires financiers de Bretton Woods, nonobstant les réajustements structurels intervenus dans les années »80 » et »90 », la monnaie guinéenne connaît une stabilité après le choc de la période 2014-2015 marquée par l’apparition en Guinée de l’épidémie d’Ebola.
« Comme tous les pays qui ont été victimes de cette crise sanitaire, l’économie guinéenne a été sérieusement éprouvée. A part cette période, le Franc guinéen est très stable », confie-t-il. Le Gouverneur de l’institution monétaire cite pour preuve de cette stabilité, la réduction de l’écart entre les taux de changes du marché parallèle et celui officiel. « Au 31 décembre 1986, la prime de change entre les deux taux était de 15,69%.
Au 31 décembre 1996, il était toujours de 15,24 %. Au 31 décembre 2010, c’est-à-dire, à l’arrivée du Pr. Alpha Condé au pouvoir, cette prime était de 17,23%. En 2011, après seulement un an de gestion, la prime n’était plus que de 1,09%. Et au 31 décembre 2020, cette prime a été plutôt, en faveur du marché parallèle. C’est-à-dire que l’unification des taux de change du marché parallèle et du marché officiel a été complètement réalisée. »
Hausse des réserves de change
Pour le Dr Nabé, les perspectives pour la monnaie guinéenne sont bonnes. Ce, malgré la tension inflationniste qu’il juge « structurelle.»
D’après lui, l’inflation actuelle n’est liée ni aux aspects budgétaires et monétaires. « Entre septembre 2020 et mars 2021, l’Etat s’est désendetté auprès de la BCRG de plus de 2 500 milliards GNF. Au même moment, le Franc guinéen est passé sur le marché parallèle de
10 600 à 9 980 aujourd’hui. Donc, vous comprendrez que si c’était l’expression de la dépréciation de la monnaie, naturellement, on aurait pu comprendre une aggravation de
la situation », explique-t-il, tout en trouvant les raisons de la crise inflationniste au niveau du commerce international et les défis que pose la pandémie de Covid-19.

Le Franc guinéen est stable aussi grâce à d’autres facteurs. La gestion efficiente des dépenses publiques et la consolidation des réserves de changes grâce à l’exportation de l’or et la bauxite.
Ces réserves qui se sont améliorées pour atteindre 1,5 milliard de dollars, suffisantes pour couvrir plus de 4 mois d’importations, justifient en partie la bonne mine de la monnaie guinéenne.
La législation renforcée
Les réformes initiées par le gouvernement depuis 2011 et qui empêchent aujourd’hui la volatilité du Franc guinéen ont aussi porté sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La législation a été renforcée dans ce domaine, avec pour innovation, la possibilité pour l’Etat de rechercher les auteurs et les bénéficiaires présumés des virements ainsi que leurs complices.
« En ce qui concerne les mouvements de fonds en devises et en francs guinéens, les banques guinéennes doivent faire l’objet d’un suivi très particulier », commente le Gouverneur de la BCRG. Cette réforme a abouti de la création de la CENTIF (Cellule nationale de traitement de l’information financière) au sein de laquelle les transactions financières suspectes à destination de la Guinée sont déclarées.
Au titre des réformes, la Banque centrale et le ministère de l’Economie et des Finances réfléchissent à une implication du secteur privé non bancaire dans les marchés de bons du trésor.
Réservées jusque-là au secteur bancaire, ces séances d’enchères de bons du trésor que Louncény Nabé qualifie de normal dans toute économie, pourraient être étendues au secteur privé en raison de son dynamisme et de sa solidité. « Dire que la régularité de l’émission de ces bons est un signe de fébrilité de notre économie, je ne pense pas.
C’est une conception erronée. Nous réfléchissons à la manière d’associer le secteur privé non bancaire aux bons parce que ce serait un financement plus sain. Déjà, il y a une convention entre la BCRG et le Ministère de l’économie et des finances sur la gestion des bons et obligations de trésors qui vient d’être signée qui réserve une possibilité très forte de la participation du secteur privé non bancaire », se défend-il.
En outre, avec le développement exponentiel de l’économie numérique, la BCRG entend se
focaliser sur la digitalisation à travers une promotion plus accrue de la monnaie électronique. Dans cette dynamique, l’institution prévoit de lancer un vaste programme en collaboration avec les institutions financières inclusives à savoir les micros finances et les institutions de
monnaie électronique. La visée principale est de réduire progressivement l’utilisation de la monnaie fiduciaire au profil de celle électronique.
« Nous voulons pousser dans ce domaine-là avec la mise en place d’une structure qui va assurer l’inter opérabilité entre les différentes cartes de crédits proposées par les différentes banques et institutions de micro finance et le support de la téléphonie mobile qui connait
un essor dans beaucoup de pays africains », admet le Dr Loucény Nabé. « Cela va avec la politique de déploiement de la Banque centrale à l’intérieur du pays. Notamment dans les capitales régionales. Donc l’inclusion financière finalement conçue en termes de la nécessité de faire en sorte que les couches les plus vulnérables de la population puissent avoir accès au service financier par la proximité, mais aussi par la digitalisation. »
In Emergence Mag N°15