Le décret D/2019/018/PRG/SGG, qui impose l’assurance obligatoire des biens et marchandises importés en République de Guinée, reste largement inappliqué plus de cinq ans après sa promulgation. Une situation qui prive l’économie nationale de ressources considérables.
Selon ce texte, toutes les personnes physiques ou morales réalisant des opérations d’importation doivent souscrire une assurance couvrant les risques de transport auprès d’entreprises d’assurances agréées en Guinée. Ce dispositif vise à sécuriser les flux commerciaux tout en renforçant la contribution du secteur des assurances à l’économie nationale.
Pourtant, les travaux menés récemment en commission ont mis en lumière une absence flagrante de mise en œuvre. Les données consolidées du Guichet Unique du Commerce Extérieur de Guinée (GUCEG), de la Direction Générale des Impôts (DGI) et des acteurs du secteur révèlent que près de 20 milliards de dollars d’importations sont chaque année assurés à l’étranger, en violation du décret.
Si la réglementation était strictement appliquée, les primes d’assurance transport générées en Guinée atteindraient environ 300 millions USD par an. Actuellement, ces montants sont captés par des compagnies étrangères, entraînant une perte directe pour l’économie nationale.
Les impacts sont multiples :
• perte de devises, liées au paiement des primes et des sinistres hors du territoire ;
• baisse des recettes fiscales, notamment les taxes sur primes et les impôts sur les bénéfices ;
• manque à gagner en création de valeur et d’emplois dans le secteur local des assurances.
Face à ces enjeux, les acteurs du marché et les institutions financières appellent à une application stricte du décret. Une telle mesure permettrait non seulement de renforcer la souveraineté économique du pays, mais aussi de stimuler le développement du marché national de l’assurance, encore sous-exploité.
La mise en conformité des importations pourrait ainsi devenir une source majeure de mobilisation de ressources internes, à un moment où la Guinée cherche à diversifier ses revenus et à réduire sa dépendance extérieure.
Daouda Yansané