MARAICHAGE : ces 600 femmes qui tiennent le grenier de Conakry… (Magazine EMERGENCE)

Faisant partie des 25 sites maraichers recensés de la capitale, la plaine horticole de Sonfonia est choisie il y a 6 ans comme site pilote devant approvisionner les ménages de la capitale en légumes frais.

A ce jour, le périmètre est mis en valeur par des groupements venus de plusieurs quartiers et, constituent la crème du maraichage à Conakry.

Un appui présidentiel qui fait du chemin
Par un détour en haute banlieue de Conakry, le lac de Sonfonia, un peu plus au sud vers la mer, une grande surface arable offre les icebergs essentiels de la vie : les produits issus des agricultures paysanne et biologique. Sur le site, de braves femmes, par le maraichage, font sienne, la sagesse qui dit qu’ « après avoir fait la guerre et le commerce, il faut faire de l’agriculture».

Leur quotidien est un cas d’école car, depuis des lustres, leurs enfants sont élevés dans le sérail de la même culture jardinière de légumes et primeurs. En 2011, le gouvernement commence à appuyer les activités tenues sur ce grand péri-urbain de Conakry. Une volonté assortie du programme d’appui au maraichage. Ces femmes sont approvisionnées en engrais, en même temps assistées par des agents de l’ANPROCA (agence nationale de la promotion rurale et du conseil agricole), afin qu’elles apprennent les itinéraires techniques du maraichage.

Aujourd’hui, elles évoluent au sein de l’Union des femmes maraichères de Conakry, regroupant 36 groupements venus des 5 communes de la capitale.

En termes de logistiques, sur la période 2011- 2018, le chef de l’Etat, Alpha condé leur a fait don d’outillages agricoles : 3 motoculteurs ; 4 motopompes ; 250 dabas ; 250 pelles ; 250 brouettes ; 100 arrosoirs et 650 coupecoupes. Certaines ONG sont aussi mises à contribution pour l’amélioration des différentes activités sur le site.

« L’objectif recherché par le gouvernement est d’ériger le périmètre horticole de Sonfonia en grenier, pour le ravitaillement des populations de Conakry en légumes feuilles, fruits et tubercules, sans recourir désormais aux légumes frais provenant de l’intérieur du pays et de certains pays limitrophes de la Guinée », note Mohamed Lamine Touré, Directeur National de l’Agriculture. Ladite plaine a été aménagée pour la première fois en 2007 par les Japonais et seulement 8 groupements y évoluaient. C’est en 2010 que l’idée de retenir Sonfonia comme site maraicher pilote de Conakry sur les 25 recensés a germé, avec le soutien de la Direction nationale de l’agriculture.

Au lancement de la campagne agricole 2016, le périmètre passe de 6 à 20 hectares, avec pour ambition, la recherche de l’innovation et la création de l’arrosage par gravitation. Ceci a permis la reconversion de plusieurs femmes concasseuses de la capitale en maraichères, grâce à l’appui de la FAO. « En termes d’appui, l’on continue à tendre la main, souligne Mamadou Soumah superviseur du périmètre. Le seul souci qui lui taraude le crane est : « la sécurisation du site par une clôture car, les vols nocturnes des produits qui sont arrivés à terme sont récurrents ».

Les 36 groupements imprégnés des approches scientifiques
A ce jour, 600 femmes y travaillent à la faveur du projet et déjà, elles trouvent leur compte dans l’apprentissage de certaines techniques culturales de la base au sommet auprès des techniciens du Ministère de l’Agriculture. Il s’agit d’un travail de fond qui commence par le choix du terrain, et le labour (profond, moyen, superficiel, suivant les différentes cultures.) Elles ont aussi appris comment faire le compte d’exploitation prévisionnel de toutes les cultures ou innovations. Cet aspect relève de l’ensemble des charges et produits pour savoir s’il y a perte ou bénéfice, en ce sens que s’il y a plus de dépenses que de produits, il faut s’attendre à une perte, alors que s’il y a plus de produits que de dépenses, l’on obtient du gain. Elles sont imprégnées de la confection d’une planche (la planche en saison sèche doit être basse, celle de l’hivernage est haute), pour qu’il y ait dans le premier cas, économie d’eau et, éviter que l’eau stagne dans le deuxième cas.

L’occasion est aussi mise à profit pour comprendre le diagnostic participatif, dont le but est de dégager les contraintes d’une campagne et remonter les informations au niveau de la recherche en cas de manque de résultat. « Le constat est qu’aujourd’hui ces femmes sont passées des techniques archaïques à celles scientifiques et, les rendements ont augmenté par rapport aux années ou elles évoluaient en rang dispersé », affirme Ibrahima sory Diallo technicien de l’ANPROCA interrogé sur le site par EMERGENCE.

L’expérimentation des engrais Bio…
Après l’appui du Ministère de l’Agriculture en 2016 de deux tonnes d’engrais en leur faveur, les maraichères de Sonfonia sont dans une phase d’expérimentation et de formation dans l’utilisation des engrais Bio. Par un partenariat avec une structure spécialisée en la matière, on leur explique l’utilisation des engrais foliaires, engrais d’accompagnement et d’apport, solubles dans l’eau et qui s’adaptent à tout type de culture. Le don du ministère est constitué d’engrais granuleux appelé NPK ou engrais de fond qui s’incorpore dans le sol, alors que les foliaires boostent la croissance d’une plante à chaque étape végétative, en lui donnant les éléments nutritifs dont elle a besoin et, la somme des deux est appelée engrais Bio. La durée de conservation de ce Bio n’est pas la même chez les autres engrais précise Daha Gbéa Georcelin agronome de son état. « La plante donnera des fruits volumineux qui auront une longue durée de conservation », précise-t-il.

Le gagne-pain des centaines de bouches assuré…
Beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Le projet a changé la donne économique chez beaucoup de familles dont ces femmes maraichères ont la charge de nourrir. Le domaine horticole est morcelé en sorte que chaque groupement occupe un minimum de 500m2 comme parcelle.

A la récolte, une partie des produits obtenus est partagée entre les membres du groupe et, l’on exige de vendre l’autre partie au marché, dont le revenu est destiné à la caisse commune afin de faire face à d’éventuelles dépenses, notamment les affaires sociales. « Nous remercions le gouvernement pour son appui et son organisation, cela nous permet aujourd’hui de nourrir et habiller nos enfants à tout bout de chemin», nous confie N’Gady Soumah coordinatrice de l’Union des femmes maraichères de Conakry.

Une politique de vente des produits issus du périmètre est imposée à toutes les femmes. Celle-ci consiste pour chaque groupement de ne vendre ces légumes frais que sur les marchés de sa commune de provenance. « Kadiatou DK Diallo présidente du groupement ‘’kamèkéri’’, pense que les femmes adhèrent pleinement à cette politique dans la mesure où elle va cristalliser l’ambition du gouvernement, celle d’en faire le périmètre de Sonfonia, le grenier maraicher des 5 communes de la capitale Conakry».

Pour gagner ce pari, chacune y va de son effort et, pas question de lâcher prise en si bon chemin. Aujourd’hui, parmi les soucis à dissiper sur la plaine, figure en bonne place, l’alimentation en eau des différentes cultures. Pour ce faire, techniciens et groupements travaillent à mettre en place, un système d’irrigation par la fabrication d’un batardeau sur la rivière de ’’Baguisénya’’ distant de 500mètres, qui va servir de retenue d’eau à grande dimension devant être drainé sur le périmètre maraicher. Lors de son passage sur le site le 20 juin 2018, le président Alpha Condé avait promis, l’aménagement de 30 autres hectares pour compléter le périmètre à 50 hectares. Ce à quoi rêvent les 600 exploitantes de la plaine, c’est de voir cette promesse du chef de l’Etat se réaliser au plus vite car, de la terre à labourer, elles en ont besoin.

Source : Magazine EMERGENCE