Personne ne doutait de l’emprise qu’elle exerçait sur le très grand ministère de l’Économie, des Finances et du Budget. Mariama Ciré Sylla a réussi, en dépit de tout, à imposer des proches à des postes clés de son ministère. Mais le retour de Mamoudou Touré à son poste initial envoie un signal : celui de la fin de la toute-puissance d’une ministre dont se plaignent, à tort ou à raison, tous ceux qui ont affaire à elle, en raison de son caractère trempé et de sa volonté de ne rien céder.
Il y a quelques mois, Mamoudou Touré quittait ses fonctions de secrétaire général au ministère de l’Économie, des Finances et du Budget. Il avait été nommé au même poste au ministère des Infrastructures et des Travaux publics. Alors qu’il s’employait pleinement à imprimer sa marque à ce nouveau service, un décret pour le moins surprenant est venu freiner cet élan. Il prend alors le chemin inverse : l’ancien secrétaire général du ministère des Travaux publics retourne à son poste de secrétaire général au ministère des Finances et du Budget. Un fait rare, qui suscite des interrogations et ravive des suspicions.
Dans l’opinion, on ne manque pas de se poser des questions, notamment : pourquoi le séjour du Dr Touré aux Travaux publics a-t-il été écourté ? Comment expliquer son retour aux Finances, où il ne semblait plus en phase avec la patronne de ce département ?
Il est difficile d’imaginer que la ministre ait accepté de plein gré ce retour en triomphe de M. Touré, elle qui avait réussi la prouesse de nommer à des postes clés de son département des cadres qui lui sont proches et qui, dit-on, lui feront allégeance en toutes circonstances. On peut alors spéculer sur la fin d’une ère où la ministre des Finances était présentée comme assez puissante et bénéficiant du soutien du Président de la République.
De ce point de vue, il semble évident que le retour du Dr Touré a été dicté par un impératif : trouver un cadre qui a l’expérience de la gestion des finances et qui allie souplesse et rigueur dans la gestion des dépenses publiques et des engagements financiers de l’État, dans le but de réduire les plaintes liées aux décaissements parcimonieux des fonds.
Bref, ce retour en fracas du Dr Touré laisse penser qu’il pourrait bientôt gravir la dernière marche dans ce département pour en devenir le patron.
En tout cas, le Président de la République s’est toujours montré sans complaisance lorsqu’il s’agit de trouver mieux : un profil capable d’allier rigueur et souplesse, afin de ne pas asphyxier l’économie nationale.
Adama Magassouba