Un brin d’étonnement, quand même.
Alors que le Gouvernement guinéen vient de signer un accord avec le FMI portant sur un prêt de 425 millions de dollars, annonçant ainsi des perspectives plutôt bonnes pour l’économie du pays, c’est le moment choisi par le Premier ministre pour doucher les espoirs. Une annonce qui fera l’effet d’une déflagration et qui continue de hanter les discussions.
De quoi s’agit-il ?
À l’occasion de sa participation à une cérémonie, Bah Oury, toujours disponible à prendre part à tous les évènements, n’a pas dérogé à ses principes : prendre la parole pour parler de l’actualité. De son actualité, et surtout du sujet qui lui tient à cœur. Toujours avec cette ingéniosité de faire le pont avec le thème du jour.
Cette fois-ci, c’était la situation économique du pays.
Le Premier ministre alerte sur une perspective, disons-le, « catastrophique », et cela sur un ton grave. «Ces trois années à venir, si je dis que ce sera facile, je vous aurai menti », a annoncé l’homme du Palais de la Colombe.
Quand une telle déclaration vient du chef du gouvernement, elle est forcément à prendre très au sérieux.
Le problème cependant, c’est le gros contraste que l’on découvre entre les propos assez alarmistes du Premier ministre et ceux de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, ainsi que du gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba.
Ces derniers révèlent, chiffres à l’appui, que nos finances se portent plutôt bien. Le taux d’inflation est inférieur à 5 % et le taux de croissance est en progression. Ce qui dénote une création de richesses à un rythme accéléré.
Pour corroborer tout cela, un rapport publié par des organismes internationaux spécialisés place la Guinée au deuxième rang des pays africains ayant bénéficié du plus important volume d’investissements directs étrangers (IDE°. Avec 7,3 milliards de dollars investis en 2025, soit une hausse de 425 % par rapport aux années précédentes, ces chiffres témoignent, là encore, d’une dynamique de création de richesse.
À cela s’ajoutent les réserves en devises, qui peuvent couvrir six mois d’importation, selon les assurances données par le gouverneur de la BCRG. Celui-ci a d’ailleurs adressé un clin d’œil taquin et amical à votre chroniqueur, que je suis, qui tirait régulièrement la sonnette d’alarme lorsque le tableau n’était pas du tout reluisant.
Alors, si malgré ces résultats, le chef du gouvernement, qui est censé être au fait de toutes ces réalités, alerte sur des perspectives peu reluisantes, on peut légitimement se poser des questions.
Sa sortie, malheureusement, peut amener à douter, alors même que le tableau présenté par les responsables économiques et monétaires du pays semble plutôt reluisant et augure de belles perspectives.
Ces déclarations croisées illustrent la marche entre la réalité et le rêve, bordée d’espoir et de désillusion.
Entre les chiffres rassurants et l’alerte du Premier ministre, une question demeure : faut-il croire au rêve économique qui se dessine ou se préparer aux lendemains difficiles annoncés par Bah Oury ?
Mognouma Cissé